mardi 9 mai 2017

L'Etre à venir

« J'ai une bonne nouvelle», écrit Jean la main tremblante. Il relève la tête un instant avant d’écrire d'une traite dans son journal, une larme roulant sur sa joue. « Mais avant ça, j'aimerais te dire à quel point tu m'as manqué. Je ne pensais pas que tu me manquerais autant. En fait, tu es ce que j'ai de plus précieux. Ça me manque de parcourir tes lignes douces, ta peau claire et pianoter sur ton dos. Mais ce qui compte, à présent, c'est que nous soyons enfin réunis !
Qui aurait cru que je puisse tenir une année sans toi ? Pas moi en tout cas ! Tu as toujours été là pour moi. Dans les épreuves les plus dures jusqu'aux joies les plus minces. J'espère que tu sais que j'avais besoin de cette pause. J'avais besoin de ne plus te voir, car te voir, c'était faire face à toutes mes erreurs passées. Des erreurs que je n'étais pas prêt à accepter.

Est-ce que tu me pardonnes ? Je suis désolé.
J'espère qu'au moins tu es content de me retrouver. Moi, je le suis.
Tu te rappelles de la première fois ? Toi, moi, ce beau soleil d'été, l'herbe qui caressait mes jambes et mes bras tandis que des papillons virevoltaient près de ma tête.
J'étais si heureux à ce moment-là. On a passé l'après-midi ensemble. Et on ne s'est jamais plus quittés. Avec toi j'ai partagé mes peurs, mes joies, mes projets, mes journées et mes sentiments. Tu m'as écouté sans te plaindre des années durant. Tu m'as donné l'impression d'être à l'écoute, d'être présent pour moi. Je t'avais promis à l'époque que nous ne serions jamais séparés. Je n'ai pas tenu ma promesse. Même si je t'ai laissé de côté durant une année, je pensais à toi fréquemment, surtout au début.
Enfin bref, depuis l'année dernière j'ai beaucoup changé. J'espère que tu t'en rendras compte.
Tu te rappelles de Quentin ? C'est celui qui me prenait dans ses bras en seconde, avant mes cours d'italien. Je n'ai toujours pas eu le courage de lui envoyer un message. C'est l'un des seuls regrets qu'il me reste. Ça fait presque 5 ans, j'aurais aimé savoir si je lui plaisais. J'ai beaucoup pensé à lui envoyer un message cette année car je me sens seul. Tu t'en es rendu compte car à part toi, je ne parle à presque personne. Peu à peu les gens se sont éloignés et je n'ai pas tendu la main pour les retenir. Qui sait comment les choses se seraient déroulées si j'avais été plus attentif aux autres ? J'en ai eu simplement marre d'essayer. Après tout, si les gens ne me veulent pas à leurs côtés je ne peux pas les forcer, pas vrai ? Tu es le seul qui ne m'abandonnera jamais. Tu es aussi celui qui me fais me sentir aussi seul. Ce n'est pas ta faute, tu gardes avec toi mes secrets, ça t'empêches d'être libre. Pourtant, là-dehors, d'autres sont comme toi. Ils se sentent seuls, même s'ils sont accompagnés. Nous sommes seuls, à deux. Ça devrait me réconforter de penser comme ça. Il y a un an j'étais mal à l'idée seule de penser à toi. Je pouvais voir se refléter en toi tout ce que j'avais fait de mal en ce bas-monde. Tous mes regrets.
J'ai changé, enfin, je l'espère. Je parle beaucoup de moi. Tu sais bien que tu écoutes mieux que tu ne parles. Un jour peut-être tu parleras plus que moi, dans plusieurs années tu pourras raconter ton histoire à quelqu'un qui ne la connaît pas. Ce jour-là tu penseras à moi, te souviendras-tu de mes larmes qui t'ont effleuré toutes ces années ? De mes doigts te parcourant ? Ce n'est pas grand-chose, je le sais. Un jour, il ne restera plus que toi et cette petite partie de moi. Quelque chose qui a changé et qui n'est plus.

J'avais pris la décision de devenir heureux, pendant 1 an, j'essayerai d'être comme toutes ces personnes que je vois au quotidien, qui ont une bande d'amis avec qui ils sortent, avec qui ils rigolent. Des couples qui s'aiment. Des enfants qui rigolent avec leurs parents. Pendant 1 an, j'ai vraiment essayé. Mais à présent, c'est terminé. Je n'ai plus la force de me battre.

Néanmoins, je ne suis pas triste. Je ne serai plus seul. Je suis reconnaissant d'avoir vécu aussi longtemps. J'ai une bonne nouvelle, je prends ma vie en main, j'ai décidé d'arrêter de souffrir.

                                                                        Adieu »