mardi 9 mai 2017

Le Choix de la folie

-                   -  Devine qui j’ai vu, ce matin, en ville…
Je suis en train de fixer mes boucles d’oreilles, face au miroir. Je lève les yeux pour croiser le reflet du regard de ma sœur, qui se tient juste derrière moi.
-                   -  Aucune idée.
-                   -  Florent !
Je suspens mon geste. Je n’ai qu’une boucle d’oreille, mais je m’en moque. Elise vient de prononcer LE prénom, celui qui est tabou depuis des années entre nous. Et pour cause ! Elle baisse les yeux, mal à l’aise. Pourquoi faut-il qu’il refasse surface justement aujourd’hui, le jour qui devrait être le plus beau de toute ma vie ? 
Florent est mon amour de jeunesse, mon petit ami du lycée. Ce n’était pas un simple flirt, non, c’était le grand Amour, celui avec un A majuscule, celui qui devait durer toute une vie. Je m’imaginais vivre heureuse avec lui pour toujours et avoir beaucoup d’enfants, un peu comme dans les contes de fées. Mais il faut croire que ça ne devait pas se passer ainsi. Après le lycée, il a décidé de poursuivre ses études à l’étranger. Il a été accepté dans un cursus d’échange d’étudiants et, aussitôt le bac en poche, il s’est envolé pour l’Australie. Il m’a demandé de partir avec lui, parce qu’il savait déjà qu’il ne reviendrait pas. Mais c’était son rêve à lui, pas le mien. Et puis, ça me paraissait impossible de quitter ma famille et de partir à l’autre bout du monde, même avec lui. Ça m’a brisé le cœur, mais j’ai préféré rompre. Une relation longue distance n’aurait rien donné. Et puis, je voulais qu’il soit libre de mener sa vie comme bon lui semblait, sans culpabiliser par rapport à moi, une âme en peine qui aurait attendu son retour en vain... Les mois qui ont suivi ont été les pires de ma vie. J’ai plongé dans une espèce de dépression dont j’ai eu du mal à sortir. Une spirale infernale, qui m’entraînait toujours plus vers le fond. Depuis ce jour de la fin du mois d’août, il y a dix ans, je ne l’ai jamais revu, et j’avais d’ailleurs interdit à tout mon entourage de prononcer son nom. Et ma sœur vient de passer outre. Elle a osé ! Et me voici à présent dans une sorte de torpeur. Un déferlement d’émotions m’envahit sans que je parvienne à les expliquer. Mis à part le choc d’avoir entendu son nom pour la première fois en dix ans, d’autres informations parallèles atteignent mon cerveau. Il est donc de retour. En France. Ici. Mais pour quelle raison ? Et pourquoi maintenant ? Quand est-il rentré ? Pourquoi n’est-il pas venu me voir, ne m’a-t-il pas contactée ? Est-ce que j’aurais accepté de le rencontrer ?
-                  - Ça va ? me demande Elise.
- Franchement ? Je n’en sais rien… Je me contente de hausser les épaules.
-                  Tu l’as trouvé comment ? Il a changé ?
J’ai envie qu’elle me donne plus de détails.
-            - Toujours grand et mince. Il n’a pas tellement changé. Je trouve qu’il est encore plus beau qu’à l’époque.
Mon cœur se serre. J’en était sûre ! Heureusement que je ne l’ai pas vu. Je crois que je n’aurais pas pu m’en remettre. Il semblerait que je ne sois pas encore guérie… Pourtant,  je me marie dans un peu plus d’une heure. Et s’il venait à la cérémonie, pour empêcher le mariage, comme dans les films romantiques ? Est-ce que je partirais avec lui ?
C’est pas vrai !! Mais comment je peux penser à de telles choses dans un moment pareil ? Tout ça, c’est de sa faute, d’abord ! Il n’aurait pas pu rester dans son pays ? Ou devenir très moche ? Ç’aurait été plus facile pour moi. Je soupire tout en secouant la tête. J’ai honte des idées qui me traversent l’esprit. Et puis, même s’il avait changé physiquement, je crois que je l’aimerais quand même, parce que c’est lui, tout simplement. On n’aime pas les gens uniquement pour leur physique. Mais pour ce qu’ils sont intérieurement. Et Florent est une belle personne, avec des principes de vie qu’il respecte à la lettre. Je l’aimais d’abord pour ça, même si, comme le dit si bien ma sœur, il est très beau, ce qui ne gâche rien.
-                 En fait, poursuit-elle, il n’était pas tout seul…
Cette fois, mon cœur s’arrête totalement de battre.
-             -  Il était avec une fille, une blonde, enceinte jusqu’aux dents, et il portait un petit garçon dans les bras.
Des larmes me montent aux yeux. Ça va mettre à mal mon maquillage, mais ce n’est pas ma préoccupation première, à cet instant précis. Il a fondé une famille. Avec une autre que moi… Il n’aurait pas pu trouver pire opposé, puisque je suis brune, au teint mat. La vie n’est pas juste. C’est moi qui aurait dû être à la place de cette femme…
-              Je n’aurais peut-être pas dû t’en parler… Je ne suis pas sûre que Damien apprécie que tu pleures pour un autre homme que lui, juste avant votre mariage.
Elise me fixe d’un air inquiet. Je reporte mon attention vers le reflet que me renvoie le miroir. Une larme roule le long de ma joue. Je ne m’en étais même pas rendue compte. Je l’essuie délicatement en tapotant avec un mouchoir en papier. J’essaye de sourire à ma sœur, pour la rassurer.
-            - Ça va aller, ne t’en fais pas. C’est bien que tu me l’aies dit, ça me permet de tourner la page une bonne fois pour toutes.
Je tente de me concentrer sur mon futur mari. Damien est un homme bien. On s’est rencontré il y a trois ans et demi, au cours d’un colloque. Nous étions, l’un et l’autre, en train de nous reconstruire affectivement, puisqu’il sortait lui aussi d’une histoire compliquée. Son ex-copine l’avait trompé avec son meilleur ami. Rien d’original, mais il en avait été anéanti. Nous avions sympathisé car nous logions dans le même hôtel et que, chaque matin, durant trois jours, nous avions pris le même bus pour nous rendre au séminaire. Nous avions longuement parlé de nos histoires malheureuses, de ce que nous attendions dorénavant de la vie, à savoir rencontrer quelqu’un et construire quelque chose de simple, sans difficultés. Une vie confortable, stable, à défaut d’être palpitante. Après la conférence, tout naturellement nous étions restés en contact, correspondant par mails pendant de nombreuses semaines, puis il m’avait invité à venir visiter sa ville, Strasbourg, lors d’un week-end. Nous avions passé un excellent moment et nous avions pris conscience que nous pourrions construire quelque chose ensemble, puisque nous avions les mêmes aspirations. Damien est quelqu’un de très gentil, d’assez sensible et de très terre à terre. Au moins, je suis certaine qu’il ne décidera jamais de quitter le pays sur un coup de tête. Il représente la stabilité. Notre couple est tranquille. Nous avons nos habitudes, toujours les mêmes, immuables, depuis plus de deux ans que nous sommes ensemble. Il y a un an, il m’a demandé si je voulais bien l’épouser. J’ai accepté. D’ici quelques temps, nous mettrons un bébé en route, et peut-être un deuxième dans la foulée. Et notre vie se déroulera sans accros… Après tout, c’est ce dont je rêvais, non ?
Elise m’aide à enfiler ma robe de mariée. Elle est incroyable, toute en dentelle. Une merveille ! J’ai organisé le mariage parfait. Celui dont je rêvais depuis toute petite. Sauf que dans mes rêves, ce n’était pas Damien le marié, mais Florent. On ne peut pas tout avoir, je l’ai appris à mes dépends. J’apprends le contentement. J’ai une belle vie, je ne peux pas le nier. J’ai tout ce dont je rêvais, mais je me rends soudain compte que ce n’est pas ça le plus important. J’ai choisi la raison à défaut de la passion. J’aurais dû faire un autre choix, il y a bien longtemps. Le choix de la folie. Mais c’est trop tard ! A quoi bon me lamenter ?
Il est l’heure de nous rendre à la mairie, retrouver mon futur mari, qui doit commencer à s’impatienter. Elise monte dans la voiture avec moi. Nous avons loué pour la journée une coccinelle de 1957. Avec sa carrosserie brillante et la décoration florale, nous sommes le centre de l’attention dans la petite ville où j’ai grandis et dans laquelle je me marie aujourd’hui. Tous les regards convergent vers le véhicule. Le visage tourné vers la vitre, je scrute le visage des passants, tentant d’en apercevoir un en particulier. En vain.
-                  Tu es sûre de ton choix ? me demande ma sœur.
Comme toujours depuis que nous sommes petites, j’ai l’impression qu’elle arrive à lire dans mes pensées. Dépitée, je tourne la tête. Je pense qu’il est préférable que je ne le voie pas, sinon je ne réponds plus de rien…
-                   Comment ça ?
-                   -  Tu veux vraiment épouser Damien ?
-                   Oui. C’est la voix de la sagesse. Il me rendra heureuse.
-                   -  Et toi ? Tu le rendras heureux ?
Je fronce les sourcils. Mais qu’est-ce qui lui prend, soudain ? Pourquoi insiste-t-elle autant ?
-                    C’est quoi ton problème exactement ?
-                   Je trouve que c’est un peu hypocrite de ta part de te marier avec un homme alors que ton cœur est encore troublé par le souvenir d’un autre.
-                    -  A qui la faute ? Si tu ne m’en avais pas parlé, je n’y aurais pas pensé une seule seconde.
-                    - A d’autres !
Elle me connaît par cœur. Elle n’a pas tort. Je pense à lui depuis…, depuis dix ans à vrai dire. Je n’ai jamais cessé. Je l’ai juste occulté. Pour tenter de continuer à vivre. Mais la vie sans lui, que vaut-elle ? La colère m’envahit de nouveau. Je n’ai plus le droit de penser à ça. C’est fini. Il a une famille, et moi j’en aurai bientôt une également. Il est temps que je tire un trait sur le passé.
Nous arrivons à la mairie. Tous les invités sont déjà là, pour m’accueillir. Une idée me traverse l’esprit : et si je m’enfuyais ? Non, ce serait cruel vis-à-vis de Damien. Il ne mérite pas ça. A travers la vitre de la voiture, je parcours la foule du regard à la recherche de mon fiancé. J’aperçois mes parents, qui ont vraiment fait un effort vestimentaire, pour me faire honneur. Ils sont fiers. Je ne peux pas les décevoir, eux aussi… Enfin, je vois Damien, derrière tout le monde, en train de se gratter la tête. Il est nerveux. C’est un tic qui ne trompe pas. Je repense à ce qu’Elise vient de me dire. Suis-je vraiment honnête envers lui ? Est-ce le genre de vie que je veux mener ? Monotone, fade, ennuyeuse… Je crois plutôt que la question qui se pose maintenant ce n’est pas tant le genre de vie que je veux, mais avec qui je veux la passer. Et si je n’ai plus aucun espoir avec Florent – je l’ai bien compris – je ne veux pas de Damien non plus. C’est triste à dire, mais c’est la vérité. C’est dommage que je ne m’en rende compte qu’aujourd’hui. Ou plutôt, heureusement que je m’en aperçois maintenant, avant que nous ne signions devant le maire, avant que nous ne nous engagions pour la vie.
Je regarde ma sœur avec un air navré, mais résolu.
-                  Tu peux demander à Damien de venir, s’il te plait ?
Ma sœur acquiesce. Elle ne tente pas de me raisonner. Elle sait que ce n’est plus le moment. Je l’aime fort. Elle m’a sans doute sauvée d’une vie qui ne m’aurait pas convenu. La voilà en train de discuter avec Damien, au grand étonnement des convives. Ils doivent se demander pourquoi je ne sors pas, d’autant plus lorsqu’ils le voient me rejoindre dans la voiture.
A la façon dont il me regarde, je sais qu’il a compris. Mais je tiens quand même à lui expliquer. Je ne pars pas pour quelqu’un d’autre, ou plutôt si, pour moi, uniquement. Cette vie n’est pas celle qui me convient. Elle ne me ressemble pas. Mais voilà, je ne sais plus vraiment qui je suis, j’ai besoin de me retrouver. Et puis, pour être tout à fait honnête, je crois effectivement que je ne suis pas celle qui le rendra heureux. Il rencontrera la femme de sa vie, un jour. Une autre que moi. Décidément…
Il aurait pu crier, pleurer, pester, m’insulter même, pourtant, il se contente de me serrer dans ses bras. Il me dit simplement qu’il m’aime. Je l’aime aussi, mais peut-être pas de la même façon. Par amour pour moi, il accepte ma décision. Grand seigneur, il me demande ce que je compte faire. Je n’en ai pas la moindre idée. Alors il me propose de partir en vacances, de profiter de ce fabuleux voyage de noce que nous avions réservé, aux Maldives. Je refuse. Il devrait y aller, lui. Après tout, c’était son rêve, de partir là-bas… Il dit qu’il va y réfléchir… Il me fait de la peine. D’autant qu’il va devoir gérer les invités. Subir les interrogatoires de ses parents et des miens. Je m’en veux énormément. Mais je sais que je fais le bon choix. Il sort de la voiture et retourne affronter la foule. Quel courage !
Hors de question que je reste une seconde de plus ici. Je demande au chauffeur de rouler. Parler de notre voyage de noce m’a donné une idée : et si je partais quelque temps ? Je pense que ça me ferait du bien et que ça me permettrait de réfléchir à tout ça, de repartir à zéro. Ma valise est dans le coffre, car nous devions nous envoler demain matin très tôt. Je demande au chauffeur s’il peut me déposer à l’aéroport le plus proche. Sitôt dit, sitôt fait. Nous y sommes en moins d’une heure. A cette heure-ci, j’aurais dû être mariée. Je refuse d’y penser. Pas de regrets. Il est trop tard !
Une fois de plus, je ne passe pas inaperçue, traversant le hall de l’aéroport en robe de mariée tout en traînant ma valise derrière moi. J’irai me changer dans les toilettes une fois que j’aurai pris mon billet. J’observe le tableau d’affichage. Ou pourrais-je bien aller ? Un pays chaud si possible, ma valise étant remplie de vêtements estivaux. En Afrique, ce n’est pas possible, je n’ai pas fait tous les vaccins obligatoires. Mon regard est attiré vers une destination précise. Mon cœur se met à battre un peu plus fort. Sydney. L’Australie. J’ai refusé il y a dix ans, et là, je suis prête à commettre cette folie ? Toute seule ? D’un autre côté, je ne risque pas de le croiser là-bas, puisqu’il est ici, en France. Alors pourquoi pas ? Il me suffit de quelques minutes au guichet pour faire un beau débit sur mon compte. C’est mon banquier qui va être content !
Une fois mon billet en main, l’hôtesse m’annonce que le vol est pour très bientôt et que je dois me diriger d’urgence vers la porte d’embarquement. Je dois d’abord me changer.
-                 -  Pas le temps, m’assure-t-elle en secouant la tête.
Quelques instants plus tard, je regarde avec un certain désespoir ma valise s’éloigner sur le tapis qui mène les bagages en soute. Me voilà contrainte à voyager en robe de mariée. Est-ce une punition du sort pour avoir annulé mon mariage ? Sans doute…
L’embarquement n’a pas encore débuté, alors je me laisse tomber sur un siège en attendant qu’on nous appelle et j’en profite pour fermer les yeux un instant.
-                 -  Agathe ?!?
Je me redresse en une fraction de seconde. Devant moi, m’interpelant, totalement incrédule, celui qui est à l’origine de ma remise en question ! Je dois avoir un air complètement ahuri. Mais qu’est-ce qu’il fait là ? Elise avait raison, il est beau comme un dieu. Mon cœur bat plus vite, ma bouche s’assèche soudainement.
-                  Florent ?
Je regarde tout autour, à la recherche de sa petite famille, qui est totalement introuvable. Je n’y comprends rien. Et d’abord, qu’est-ce qui m’a pris de prendre un billet pour l’Australie ? Je suis vraiment stupide ! Florent me regarde de la tête aux pieds, et je me souviens que je suis en robe de mariée. La honte !
-                 - Tu t’es mariée ?
Je secoue la tête, en esquissant une grimace.
-                  Je n’ai pas pu…
-                   Oh ! Et tu vas où, dans ta robe ?
Je hausse les épaules d’un air détaché. Je ne veux surtout pas qu’il se méprenne et qu’il pense que je partais le retrouver.
-                  Je ne sais pas, j’ai eu envie de changements.
-                   En Australie ?
J’aimerais être une petite souris pour disparaître dans un trou. Si ce n’était déjà fait, ça y est, il doit me prendre pour une folle. Il me regarde droit dans les yeux, comme il le faisait à l’époque, et de la même manière, je me mets à fondre. Des papillons envahissent mon estomac sans prévenir. Comment est-il possible qu’il me fasse encore cet effet-là ?
-                 - Je pourrais croire que tu venais me rejoindre…
Oh ! Mais à quoi joue-t-il ? Une femme et deux enfants, ça ne lui suffit pas ?
-               Pas du tout ! Ma sœur m’a dit qu’elle t’avait vu en ville. Je pensais que, justement, j’aurais moins de chances de te croiser là-bas qu’ici.
-                 -  Justement ? Dans ce cas, ça ressemble plutôt à une fuite, ajoute-t-il d’un air amusé.
Je n’ai pas envie qu’il se moque de moi comme il en avait l’habitude, même gentiment. Ce n’est pas le jour, ni le moment. Et pourtant, bien malgré moi – je ne contrôle plus rien – je me mets à répondre du tac au tac, et, comme avant, je contrattaque.
-                  Comment va ta femme ? je demande d’un ton acerbe en le toisant.
Pour une rencontre fortuite amicale, on repassera.
-                    Ma femme ?
-                 La belle blonde sur le point d’accoucher. A moins que tu ne préfères fuir, toi aussi, pour éviter les engagements, comme à ton habitude.
Florent pâlit et semble vaciller. Il fronce les sourcils. Je vais trop loin, je le sais, je m’en rends compte, mais c’est plus fort que moi. Je lui en veux tellement d’être parti, de m’avoir laissée. J’ai envie qu’il souffre autant que moi. C’est méchant de ma part. Je baisse les yeux, honteuse. Il ne dit plus rien, je crois qu’il accuse le coup.
-                  Je suis désolée. Je n’aurais pas dû dire ça. Pardon.
Surprise qu’il ne réponde rien, je relève la tête et je constate avec stupeur qu’il a les larmes aux yeux.
-                   Mais, Agathe, c’est toi qui a rompu…
-                  - Je sais… Je suis une belle idiote, hein ? Mais au moins, tu as pu construire une vie de famille. Si tu es heureux, c’est le principal. Je dois m’en satisfaire, je suppose.
-                   Non, justement, je n’ai jamais pu…
-                   Jamais pu quoi ?
-                   - Construire une vie de famille, m’engager. Ce n’est pas possible.
-                   Pourquoi ? je demande, méfiante.
-                  Parce que je n’ai jamais cessé de t’aimer, Agathe. J’ai essayé par tous les moyens de t’oublier, j’ai vraiment essayé, mais je n’y suis jamais arrivé. Je suis rentré en France il y a un mois, pour te revoir, te dire tout ça, mais…
-                    Mais quoi ? Pourquoi tu ne l’as pas fait ? je demande, presque hystérique à présent.
-                Ma sœur m’a appris que tu devais te marier aujourd’hui. Je n’avais pas le droit de m’immiscer dans votre couple, de gâcher ta vie, ton bonheur. Je ne voulais pas te faire souffrir encore une nouvelle fois. Alors j’ai décidé de rentrer chez moi, à Sydney.
J’encaisse les nouvelles informations.
-                 Ah, petite précision, poursuit-il avec un sourire en coin, ma sœur, c’est la belle blonde enceinte, et le petit garçon qui la suit à la trace, c’est mon neveu.
Une fois de plus, je me sens totalement ridicule. Elise va me le payer ! Tania, la sœur de Florent, a le même âge qu’elle, et elles ont toujours été dans la même classe jusqu’en terminale. Il est donc impossible qu’elle ne l’ait pas reconnue ce matin. A moins que… Oh mon dieu ! Je commence à comprendre… Et si ma sœur avait choisi ce subterfuge pour me faire prendre conscience que j’aimais toujours Florent, qui, justement, vient de m’avouer qu’il ressent toujours ces mêmes sentiments à mon égard ?
En silence, nos regards s’accrochent. Je crois qu’ils parlent pour nous. Une voix retentit soudain dans le terminal, nous demandant de nous approcher des portes d’embarquement sans tarder.
-         Cette fois, tu veux bien partir avec moi ? demande Florent, avec tout de même une légère appréhension.
Je lui souris. Je ne referai pas deux fois la même erreur. J’ai enfin compris où était ma place. Peu importe l’endroit. Peu importe la façon dont notre vie va se dérouler. Je dois juste être là, à ses côtés. Nulle part ailleurs. Alors, pleine de malice, je lui réponds :
-                 -  Oui, je le veux !
Après tout, j’ai la tenue de circonstance, non ?