mardi 9 mai 2017

Devine qui j'ai vu, en dialogues

-          Devine qui j’ai vu, ce matin ?
-          J’en sais rien. T’es prête ? On y va ?
-          Presque.
-          Comme d’hab, on va arriver les derniers. Qu’est-ce que t’es lente ma parole !
-         
-          Elle n’est pas trop décolletée cette robe ? Tu voudrais pas mettre la bleue, plutôt ?
-          J’ai déjà mis la bleue la dernière fois ! Et elle me boudine.
-          La bleue te va très bien. Avec celle-là, t’a les nénés à l’air ! Tu sais comment est, Laura, elle va pas se priver de bavasser derrière notre dos.
-          Et alors ?
-          Et bien j’aime que l’on respecte ma femme, tiens !
-          C’est bien toi qui me l’a acheté cette robe, c’est pour que je la mette, non ?
-          Oui, mais pour moi, pas pour que mes potes se rincent l’œil.
-         
-          Mets la bleue, va…
-          Tu n’as pas dit qu’on allait être en retard ?
-          Il ne te faut pas des plombes pour changer de robe, si ?
-         
-          Voilà, c’est mieux. En moins de cinq minutes en plus ! Tu vois quand tu veux.
-         
-          J’appelle l’ascenseur, ferme la porte.
-         
-          Il est énorme ton sac à main. Qu’est-ce que tu peux trimballer d’inutile pour sortir dîner !
-         
-          Qu’est-ce qu’il fait cet ascenseur ? C’est encore le môme du troisième qui joue avec, ou le couple du quatrième qui monte des meubles pour la vingtième fois.
-          Ils emménagent, c’est normal. Ils sont gentils comme tout.
-          Avec toi, tout le monde est gentil.
-          Mais non…
-          Là quand même c’est abuser ! Ils monopolisent l’ascenseur. Je vais demander à ce qu’on leur augmente les charges de copropriété à ceux-là !
-          Tiens, le voilà ton ascenseur ! Au fait, tu n’as pas répondu : devine qui j’ai vu ce matin ?
-         
-          Lucas, le fils de Madame Foulet.
-          La boulangère ?
-          Oui, tu sais, celui qui était parti faire ses études en Asie.
-          Si tu le dis…
-          Mais si, une thèse de physique quantique.
-          ….
-          Il est rentré depuis un mois apparemment.
-          Ah, super, super… Et alors ?
-          Et alors rien, c’était juste pour bavarder.
-          Et bien quand tu bavardes, essaie au moins de trouver des sujets intéressants. Allez, monte en voiture, traine pas.
-         
-          Ne boude pas, t’es pas jolie quand tu boudes. Ça fait ressortir tes rides du front.
-         
-          Allume la radio plutôt.
-         
-         
-          Il a bien changé le petit Foulet, tu sais ?
-          Non, je ne sais pas, non !
-          Il est devenu un homme maintenant. Ces études à l’étranger, cela murit.
-          Ha ?
-          Madame Foulet doit être bien fière de son fils.
-          Du moment qu’elle fait du bon pain…
-         
-          Mais qu’est-ce que t’as à gigoter comme ça sur ton siège, t’as des puces, ma parole !
-          Rien, c’est le cuir, ça me colle le dos.
-          T’as qu’à mettre un truc dans ton dos et arrêter de bouger comme ça, ça me stresse. Et quand je conduis, je déteste qu’on me dérange.
-         
-         
-          Tu sais de quoi il m’a parlé Lucas ?
-          Qui s’est Lucas ?
-          Le fils Foulet !
-          Non, ça je ne sais pas non !
-          Il m’a parlé de l’Asie. De tous les endroits qu’il a visités. Il en a vu des choses…
-          Qu’est-ce qu’il t’a fourré dans la tête, celui-là ! Quel besoin tu avais de perdre ton temps avec le fils de la boulangère !
-          J’ai pas perdu mon temps !
-          La preuve que si, puisque tu m’emmerdes depuis tout à l’heure avec tes histoires. T’as rien de mieux à faire de tes journées ?
-          Je l’ai rencontré par hasard…
-          Et tu n’avais qu’à passer ton chemin, de toute manière je n’aime pas quand tu parles à des inconnus.
-          C’était le fils de Mme Foulet, pas un inconnu.
-          Et alors ? Je t’interdis de lui parler à nouveau.
-          Mais pourquoi ?
-          Parce que nous on n’est pas de ce monde. On est des gens du peuple. On ne fait pas de physique machin-chose, on ne va pas en Asie. Attrape le CD dans la boite à gants, y’a rien à cette fichue radio.
-          Je n’aime pas trop ce CD…
-          Tu aimes, tu n’aimes pas… Tu changes d’avis tout le temps de toute manière, quelle importance.
-         
-         
-          Justin. Je me disais qu’on aurait pu voyager un peu…
-          Putain. Encore cette histoire d’Asie. Ça t’a tourné la tête ma parole.
-          On aurait pu voir un peu de pays nous aussi, se faire plaisir…
-          Mais t’es maboule ou quoi ? Tu crois que je peux arrêter de bosser pour aller me promener à travers le monde ? Comme ça, parce ce que j’en aurais envie ?
-          Non, mais…
-          Tu crois que j’ai pas des responsabilités envers le patron ?
-          Si mais…
-          C’est ça que tu penses, hein, que mon boulot n’a pas d’importance parce que moi, j’ai pas fait d’études de physique-je-ne-sais-quoi ?
-          Non !
-          Et c’est qui qui va les payer tes jolies petites robes, hein ? Pas toi, c’est sûr !
-          C’est toi qui m’as demandé d’arrêter mon travail après notre mariage.
-          Tu crois que j’allais te laisser aller tous les jours te pavaner devant tes collègues plutôt que de m’attendre gentiment quand je rentre le soir. Allez, tu es mieux à la maison qu’à ce travail minable.
-          J’aimais bien. Je pourrai reprendre un emploi.
-          Tu ne sais rien faire. Qui voudrait de toi ? Monte le son, je l’adore celle-là !
-         
-         
-          Tu étais plus gentil avant qu’on se marie, tu me disais que j’aurai la belle vie.
-          Encore à te plaindre, la rengaine habituelle ! T’es chiante, c’est pour ça que j’ai pas envie d’être gentil !
-         
-         
-          Je m’ennuie, Justin.
-          Tu t’ennuies, c’est la meilleure celle-là ! Je me casse le cul 15h par jour pour lui assurer une vie de princesse et elle s’ennuie !
-          Mais depuis 3 ans qu’on est marié, on ne fait jamais rien.
-          Une petite ingrate, voilà ce que tu es !
-          Tu bosses, tu bosses, et je ne sors jamais.
-          Je te sors ce soir !
-          Chez tes potes !
-          Et bien quoi, ils sont très bien mes potes.
-         
-          Lucas m’a parlé de plein d’endroits à visiter.
-          Il me court sur le système ton « Lucas ».
-          Ahhhh, attention !
-         
-          Le feu était rouge.
-          T’as eu la trouille, hein ?
-          Regarde la route, s’il te plait.
-          Tu vois, tu me mets en colère, tu m’obliges à faire m’importe quoi.
-          On a failli rentrer dans le camion.
-          Il assure ton Justin, t’angoisse pas.
-          Je n’aime pas quand tu conduis comme ça, ça me fait peur, tu le sais.
-          Il ne fallait pas me mettre en colère ! C’est ta faute ! Arrête de me chercher, sinon…
-          Ahhhh !
-          Tu vois, je peux en griller plein des feux, si t’es pas bien gentille avec moi.
-          Moins vite s’il te plait.
-          T’as peur hein ? C’est bien fait, ça te fera réfléchir à ta conduite. Ne me met plus en colère et laisse-moi écouter la musique.
-         
-         
-          Justin, à propos de Lucas.
-          Encore ! T’as pas compris que tu devais la fermer, on est presque arrivé. Je vais être en rogne avec mes potes.
-          Arrête-toi !
-          Qu’est-ce qu’il te prend ? Leur maison, c’est la rue d’après.
-          Arrête-toi, je te dis.
-          Ne me dis pas que tu vas être malade et gerber sur mes sièges en cuir !
-          ARRETE-TOI !
-          Ok, ok, ne salis pas la moquette. Là, vas-y sors !
-          Tu vois cet immeuble, là ?
-          Oui !

-          C’est là que Lucas habite, il m’attend, je te quitte Justin.