samedi 5 mai 2018

Sylvana, l'héroïne


« Souriez… ! »
« Est-ce vraiment nécessaire ? », Sylvana  observait le dessinateur d’un air dépité. Après tout ce qu’elle venait de traverser, elle devait maintenant supporter toutes ces mondanités. Et dans quelles conditions ? On lui avait spécifiquement demandé de porter les mêmes vêtements que deux jours auparavant, des vêtements qui empestaient encore la sueur et le sang. L’artiste s’arrêta et la fixa. Elle se força à sourire, elle n’avait aucune envie d’entamer une discussion futile. Il continua son esquisse. Après qu’il eut fini, Sylvana rentra chez elle à travers le son des trompettes et tambours qui enchantait ses oreilles. Devant sa demeure, des enfants surexcités l’attendaient. « Sylvana ! », s’écria l’un des membres du groupe.  « Pourrais-tu nous conter tes mésaventures ? », demanda d’une voix timide une petite fille. « Où Ellyn se trouve-t-elle ? », demanda un autre enfant. La jeune femme les considéra avec toute sa tendresse. Elle leur sourit. « Ellyn est encore avec les biographes et les artistes », dit Sylvana. Elle continua, « Je vous en prie, entrez chez moi et je vous conterai ce que vous désirez. » Une fois qu’ils furent installés confortablement près du feu de sa cheminée, elle se mit à raconter les aventures qu’elle avait traversées et qui avaient fait d’elle une héroïne.
Il y a quelques nuits de cela, étant gardienne du village, je devais m’acquitter du devoir de surveillance nocturne du temple. Nonobstant, épuisée par des journées d’entraînement frénétique, je m’étais arrangée avec un autre garde, qui avait eu l’étonnante gentillesse de me proposer un remplacement occasionnel à la perception de ma fatigue dévorante, afin que je puisse me reposer. Je le remerciai à nouveau lorsqu’il vint me confirmer que je pouvais rentrer chez moi. Je rejoignis ma chère Ellyn dans notre lit. Par peur de la réveiller, je me faufilai en silence à travers le désordre de la chambre. Lorsque l’aurore fit son entrée, la nature se réveilla et nous fîmes de même. Ellyn se retourna vers moi et m’offrit son sourire le plus chaleureux. Je l’acceptai avec grand bonheur et caressai sa chevelure blonde qui ornait son visage si doux et innocent. Sans mot dire nous poursuivîmes nos tendresses matinales. Mais le bonheur fut de courte durée. Une personne tambourina sur la porte d’entrée, « Sylvana, vous êtes convoquée par le conseil du village », cria-t-elle. Nous nous regardâmes avec de grands yeux. Je ne voyais aucune raison qui aurait pu justifier pareille perturbation dès le matin. Tout de même cela devait être important. Ainsi je quittai avec déception la douceur du réveil auprès de l’être aimé afin de me rendre à cette convocation déplaisante. Ellyn me donna un dernier baiser en guise d’encouragement  et je m’en allai. Arrivée devant le conseil du village, ma gorge se serra. Tous arboraient un air grave, et les regards que je reçus de leur part m’agressèrent. Au bout de quelques secondes je me rendis compte que tous les hommes du village étaient réunis, même ceux qui n’étaient pas présents au conseil habituellement. « Te voilà enfin ! L’heure est grave alors tâche d’écouter attentivement ce que j’ai…nous avons à te dire », dit l’un d’entre eux. Il s’agissait d’un homme de religion, il se disait souvent proche des dieux. Les paroles qui sortaient de sa bouche me donnaient envie d’arracher ses lèvres qui laissaient s’échapper ce brouhaha incessant. Avec ses habiletés oratoires et ses pouvoirs mystérieux, il était parvenu au sommet de la direction du village. Personne n’osait le défier, même au sujet de la plus simple des banalités. La plupart des femmes le trouvaient beau et viril. Ma gorge se serra encore plus. Je m’imaginai tout un tas de scénarios différents concernant ses desseins et aucun ne me rassura. Je le considérai aussi gravement que l’expression qui régnait sur tous les visages. J’attendais qu’il continue son discours. Je savais qu’il souriait intensément intérieurement mais son calme apparent était contrôlé à la perfection. Après plusieurs minutes de discours, il énonça la synthèse suivante, « Tu devras partir dès demain chercher l’anneau de l’aurore. Sinon tu seras rejetée par nous autres en conséquence de tes négligences répugnantes qui ont heurté la sensibilité des dieux au plus haut point ! Le temple du village qui leur est consacré a été violé et saccagé. Pour nous sauver de leur courroux, pour implorer leur miséricorde, tu dois terminer la quête ! » Les villageois, effrayés, manipulés, pestaient contre moi, buvant tous les mots qu’il prononçait. D’un signe de la main, Thomyn arrêta le bruit de la foule. « J’ai personnellement retrouvé l’auteur des crimes ce matin en suivant sa piste, et je l’ai exécuté. De plus j’ai veillé à renforcer la garde de nuit. Ainsi n’ayez point peur de quelque récidive ! » Prise au dépourvu et seule face à l’hostilité, je me préparai à partir. Je rejoignis Ellyn à la sortie du village pour tout lui expliquer. Des larmes s’accumulaient dans mes yeux, prêtes à s’écouler. Mon aimée, elle, en versa de nombreuses. Entre plusieurs sanglots elle parvint à me dire au revoir et à me laisser partir. Une fois en route, je ne me retournai pas, de peur d’exploser en une tempête de tristesse. Je ne supportais jamais de voir son visage s’éloigner du mien. Après mon départ, un homme vêtu tout de noir s’approcha de moi. Une large capuche cachait la plupart de son visage mais ses cheveux qui dépassaient et sa barbe étaient d’un blanc élégant. Il semblait inoffensif. Ainsi je le laissai approcher sans opposer de réaction défensive. Intriguée par son silence et son manque de mouvement je lui demandai ce qu’il voulait. A mon plus grand étonnement il se mit à réciter un poème :  
Les délices de sa douce aimée lui sont dérobés,
L’harmonie établie jusqu’ici subit une brutale rupture en effet.
Abandonner l’anxiété du passé,
Oublier le futur, s’élancer corps et âme dans l’aventure, et,
Continuer à persévérer même à travers les travers de l’adversité,
Afin d’enfin rentrer chez soi et de partager les souillures de l’être aimé.
Car le tyran, pendant l’absence de résistance, abreuve tous ses désirs effrénés,
Les serviteurs du mal tentent de détourner l’intimité,
L’aurore ils tentent de contrôler,
Mais le crépuscule n’est jamais loin, et d’eux il est redouté,
Si aucun projectile n’est disponible, il faut néanmoins tirer.
Les amants se retrouvent finalement et continuent leur chemin par delà les vastes plaines infinies de la souffrance en quête d’une harmonie nouvelle et de paix.
Les héros reniés, par la suite sont célébrés et plus jamais ne sont oubliés.
Après qu’il eut fini de réciter son texte, un large sourire se forgea sur son visage. Mais il était tempéré d’une mélancolie certaine. Je ne sus point comment interpréter et réagir à ses paroles. Je restai paralysée, analysant ce que je venais d’entendre. Je ne pus m’empêcher de penser que le poème parlait de moi. Seulement comment expliquer certaines lignes ? Mon regard se promenait dans le vide. Quand je voulus lui poser une question, il avait disparu. « Etrange », pensais-je. En observant les alentours avec plus d’attention, je me rendis compte qu’il se trouvait en fait derrière moi et commençait à s’éloigner. Je le poursuivis et l’interpellai. Il sourit à nouveau et me donna une gourde sans se retourner, « Quand les forces t’abandonneront guerrière, puisses-tu trouver du réconfort en cette liqueur. » Tellement absorbée par mes questionnements nombreux, je ne fis pas attention à son départ. Quand ma bouche s’ouvrit, sur le point d’exprimer toutes ces interrogations qui s’agitaient dans mon esprit, il avait totalement disparu cette fois-ci. Après quelques hésitations, je repartis à la recherche de l’anneau. Je marchai ainsi plusieurs jours durant, dormant, mangeant et me désaltérant quand nécessaire. J’avais heureusement emporté dans un sac de quoi survivre pendant deux semaines. Je repensai au poème. S’il avait quelque vérité en lui, il annonçait l’un des scénarios que je redoutais le plus. Lorsque l’homme de religion, Thomyn, avait fait son discours, il m’avait expliqué qu’en plus de la profanation du temple, le garde qui avait eu la gentillesse de me remplacer était mort. Tout était de ma faute du fait que c’était mon tour de surveillance et  que l’arrangement que j’avais passé avec l’homme était secret. Il m’apparaissait maintenant que sa proposition, aussi agréable qu’étonnante, était peut-être un piège tendu par Thomyn. Il aurait alors prévu son coup longtemps avant les évènements. La rage bouillonnait en moi. Mes poings et ma gorge se serraient au fur et à mesure de la formation de toutes ces pensées. Ma tête se mit à tourner comme j’interprétai un aspect douloureux du poème. Les désirs effrénés du tyran, les souillures de l’être aimé. Mes jambes perdirent de leur stabilité et je m’écroulai lourdement au sol. Des larmes de rage parcouraient mon visage et allaient ensuite s’unir avec le sol. Ellyn et moi avions déjà remarqué les regards pleins de convoitise accompagnés de sourires perfides qu’il lui adressait souvent. Qui plus est, la plupart des villageois n’appréciaient pas ma relation avec Ellyn, en partie à cause des idées fourbes que Thomyn leur avait gravées dans l’esprit. Je supposai donc qu’aucun d’eux ne s’opposerait à… La vérité, perturbante, aberrante, violente, écrasante, déchirante, massacrante, se présentait présentement à moi. La quête, soi-disant censée me permettre de me racheter, était en fait un prétexte pour m’éloigner d’Ellyn pour qu’il puisse l’épouser. Mais qu’aurais-je pu faire même si j’avais anticipé cela ? Le village entier était prêt à cirer ses bottes afin de gagner quelque privilège ou juste une vie en paix.  Pourtant à travers mon écroulement, une phrase me réveilla de cette torpeur anxieuse : oublier le passé et le futur, continuer à persister dans l’adversité et retrouver l’aimée. Ainsi je me relevai grâce à mon courage nouvellement trouvé. Je repris ma route. Je devais donc trouver cet anneau demandé par Thomyn, qui permettrait selon lui d’apaiser les dieux après les souffrances que j’avais causées. Mais je devais rester sur mes gardes. S’il m’avait éloignée, il était plus que probable qu’il souhaitait éterniser mon écartement. Au bout d’un moment je me retrouvai face à un fleuve derrière lequel j’apercevais au loin le temple abandonné décrit par Thomyn. Je le traversai sans danger. Une fois que je sortis de l’eau, les cheveux collant ma peau et mes vêtements moulant mon corps, un aigle noir gigantesque s’attaqua à moi. Je courus le plus rapidement possible mais il eut le temps de lacérer mon dos avec ses serres acérées. Je poussai un cri intense avant de m’étaler au sol en pleurs. Il tournoyait dans les airs autour de moi. Il effectua un piqué soudain avec comme objectif de me dévorer. Heureusement, je réussis à temps à prendre une dague au niveau de ma ceinture et à la lancer en un jet puissant dans la tête du prédateur. Il mourut sur le coup et s’écrasa non loin de moi, manquant de justesse d’atterrir sur mon corps. Malgré la douleur intense due à mes blessures, je me relevai tant bien que mal et me dirigeai vers le temple. Ce dernier était un gigantesque édifice en pierre grise. Le toit reposait sur des murs et des colonnes épais. Une large porte se dressait en face de moi. Redoutant le pire, je m’efforçai néanmoins de pénétrer dans le temple afin de terminer ma quête. Je passai devant une large statue représentant un homme avec une tête de chacal. J’avais déjà vu ce genre de chimère dans les textes de religion de Thomyn. Il symbolisait le mal absolu et le vice. « Ironique », pensai-je. Derrière la statue se trouvaient deux piédestaux. Sur chacun d’eux un objet était posé. Sur le premier piédestal, on pouvait lire l’inscription suivante : « Anneau de l’aurore ». Ceci était sur le deuxième : « Arc du crépuscule ». Thomyn m’avait expliqué que chaque temple possédait des reliques. Il semblait que j’avais trouvé l’anneau qu’il me fallait. Comme le poème parlait de crépuscule, je décidai de prendre l’arc avec moi. Mais alors que je m’apprêtais à me saisir des objets, j’entendis un bruit derrière moi. Je me retournai et restai bouche bée face à ce que j’observais. La statue se mua progressivement en une créature vivante. Elle me fit face. Avant toute réaction de ma part, elle se rua sur moi et me projeta de toutes ses forces contre un mur. Sonnée, ma vision floue m’indiquait qu’elle s’approchait à nouveau. Mon dos encore douloureux me paralysait. Elle me releva et me plaqua contre un mur. La créature me pressa la poitrine avec ses mains puissantes. « Je purgerai mes passions sensuelles avant de me nourrir de ta chair », dit-elle à mon grand étonnement. Ma gorge ne laissait plus passer une seule bouffée d’air. La créature continuait à jouer avec mon corps. Mais une image d’Ellyn, seule à la merci de Thomyn, se forma en moi et la peur et le dégoût se muèrent en rage. D’un mouvement rapide je pris une autre dague que j’avais dans ma ceinture et je perforai la gueule de mon agresseur par le bas. Il recula et gémit de douleur. Avant qu’il ait pu reprendre ses esprits, je me ruai sur lui et le déséquilibrai. Il tomba de toute sa masse sur le sol. Je ne lui laissai aucune chance de se relever et lui ôtai la vie. Epuisée et gravement blessée, je me remémorai la liqueur de l’homme mystérieux. N’ayant ni la force ni le temps de douter de la boisson, je l’engloutis en une fois avant de m’écrouler sur le sol et d’être avalée par les ténèbres. Je me réveillai au bout de quelques heures et fus étonnée de ne plus sentir de douleur. Je passai ma main dans mon dos et me rendis compte que les blessures avaient cicatrisé. Je remerciai l’homme dans ma tête, récupérai les deux reliques du temple et repartis. Le trajet me parut plus rapide que l’aller comme aucune menace ne se présenta et que je me rapprochai d’Ellyn. Une semaine après mon départ originel, je me présentai devant l’entrée du village et demandai aux gardes de me laisser passer. Ils semblaient avoir vu un spectre du passé tant leurs yeux grands ouverts exprimaient de la surprise. L’un d’eux courut afin de se camoufler entre des habitations  tandis que l’autre se dressa face à moi et me menaça de sa lance, « Tu n’étais pas censée rentrer vivante, Sylvana. » Sous son casque se dessinaient les traits de l’homme qui m’avait remplacée la nuit du drame. « Tu est supposé être mort », lui dis-je. Il sourit. « Peu importe que tu sois rentrée en vie, tu ne pourras pas arrêter Thomyn ! », dit-il. « Traître ! », je me ruai sur lui en écartant la lance à la force de mes mains. Je lui écrasai mon poing sur sa trachée à plusieurs reprises. Il suffoqua et tomba raide mort au sol. Je poursuivis l’autre garde. Mes pieds s’arrêtèrent et ma tête tourna lorsque j’arrivai sur la place principale du village, où un mariage avait lieu. Je tombai genoux au sol lorsque je reconnus les deux personnes : Thomyn et Ellyn face à face. Mes craintes étaient devenues réalité. Tout le monde sur la place se tourna vers moi, étonné. Je montrai l’anneau à la foule. Je regardai Ellyn avec intensité et elle se mit à courir vers moi. Elle m’aida à me relever et me serra fort dans ses bras. Elle prit mon visage dans ses doigts délicats et caressa tendrement mes lèvres avec les siennes. Un frisson parcourut mon échine et mon corps déborda d’émotion. Ses yeux me dirent qu’elle m’aimait. Je lui répondis la même chose avec mon regard et mon sourire. Une courte lame fusa vers nous. Je serrai Ellyn fort contre moi et ensemble nous plongeâmes au sol. « C’est injuste ! Tu vas trop loin Thomyn, tu avais dit que si elle ramenait l’anneau elle pourrait réintégrer le village ! », s’écrièrent des villageois. « Eh bien considérez que j’ai changé d’avis ! », répondit-il. Et dire qu’une partie de moi pensait réellement que rapporter l’anneau était important. Leur rébellion arrivait malheureusement trop tard. Je laissai Ellyn saine et sauve par terre tandis que je me relevai pour en finir avec le tyran. Je pris mon épée et courus vers lui. Lorsqu’elle se rapprocha de sa tête, il serra la lame à main nue. Du sang coula le long de son  membre blessé. Pourtant il ne laissa apparaître aucune trace de douleur ni de peur. Il sourit. Il frappa mon bras, ce qui me fit lâcher l’épée. Il enchaina ensuite en frappant mon ventre. Ce fut comme si un bélier défonçait une porte. Je titubai et mon souffle fut coupé. Je luttais pour avoir de l’air dans mes poumons. Il serra ma gorge avec ses mains. « Vos retrouvailles étaient vraiment touchantes ! J’en aurais eu les larmes aux yeux si tu ne m’avais pas volé ma future épouse ! », dit-il. Il rigola de toutes ses forces. Une larme s’écoula le long de ma joue lorsque j’entendis la voix faible d’Ellyn s’emplir de crainte. Thomyn me regardait maintenant avec pitié. Il prit un poignard de ma ceinture et l’enfonça dans mon ventre. Ma gorge se serra, mes yeux s’ouvrirent en grand et je déglutis avec difficulté. Ma tête tourna lorsque j’aperçus mon sang tomber au sol. Je pleurai avec intensité. Il me lâcha au sol et je crachai du sang. La douleur me prenait mais je saisis l’instant où il exprimait sa fierté devant la foule pour lui enfoncer dans le pied le dernier poignard qu’il me restait. Je reculai avant qu’il ait pu enlever la lame le clouant au sol. Je tombai par manque de force. Je regardai Ellyn puis l’arc qui était par devers elle. Elle saisit ce que j’attendais d’elle et m’envoya l’arme sans pour autant comprendre. En effet je ne possédais aucune flèche. Thomyn se ruait sur moi avec le poignard afin de m’achever. Mais mon regard venait de se poser sur l’homme mystérieux au poème dans la foule des villageois. « Si aucun projectile n’est disponible, il faut néanmoins tirer », me répétais-je. Jusqu’à présent ma confiance en lui s’était avérée judicieuse. J’eus à peine le temps de bander l’arc avant que Thomyn arrive au-dessus de moi. Je sentis mon énergie me quitter comme si l’arc m’en drainait. A bout de force je lâchai la corde. Un trait sombre fusa vers Thomyn et pénétra son cœur, le projetant avec force en arrière. Il agonisa. Malgré le sourire qui s’afficha sur mes lèvres, ma tête s’écroula au sol.
Je me réveillai avec difficulté. Je ne parvins à voir où je me trouvais qu’après plusieurs minutes. J’entendais des gens prononcer mon nom et me toucher. Il me sembla voir l’homme mystérieux au-dessus de moi. Mes yeux s’ouvrirent complètement. Ellyn m’appelait, paniquée. Je lui fis signe que tout allait bien. Tout allait bien ? J’étais mourante quelques minutes auparavant. Je vis que l’homme mystérieux performait quelque soin à l’aide uniquement de ses mains. Toute douleur me laissa respirer en paix. Je le remerciai mais il ne répondit pas, se leva et s’en alla. « Quel est votre nom honorable homme ? », criai-je dans l’espoir de connaître mon sauveur. Il ne répondit pas. Cependant, alors qu’il disparaissait au loin, il me sembla que le vent sifflait un mot dans mes oreilles : « Egas ». Je dis à voix basse : « Merci Egas. » Les gens du village scandaient mon nom. J’acceptai même si l’amertume m’envahissait quand je pensais à leur comportement. On ne retrouva jamais le deuxième garde qui avait fui comme un lâche. Je rentrai avec Ellyn afin de me reposer. Elle prépara mon lit et m’aida à me coucher. Elle me rejoignit finalement et je m’endormis dans la chaleur de son corps nu serré contre moi. Après plus d’une journée de repos nous dûment nous préparer pour les biographes et artistes du village. Ils souhaitaient inscrire notre expérience dans l’histoire. Après plusieurs heures à raconter les détails de mon aventure et après avoir été représentée de toutes les manières imaginables, je rentrai chez moi conter mon histoire à de charmants petits enfants.
            Les enfants rigolèrent. La petite fille à la voix timide regardait la jeune femme avec des grands yeux admiratifs. Sylvana lui sourit. Les enfants se regardèrent et chantèrent en cœur : « Tu seras désormais Sylvana, héroïne ! »