samedi 5 mai 2018

Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ?


            Souriez ! Combien de fois ai-je entendu cette phrase depuis ma séparation d’avec Jane ! Je m’appelle Guillaume. Mon père, un Anglais, pure souche, se réclame fièrement d’avoir grandi à Liverpool, une ville chère aux Beatles… Il se consacra à l’enseignement des Arts Appliqués et jouit désormais d’une bienheureuse retraite. Ma mère est Normande et paradoxalement, c’est elle qui exerce le métier de professeur d’Anglais. Grâce à eux, je fus bilingue dès mon plus jeune âge. Jusqu’au mariage de mes parents, tous s’étaient épousés entre Britanniques. Sous le règne de la reine Victoria, mes ancêtres paternels, socialement modestes, s’étaient installés, durant deux générations, dans le district de Whitechapel, un quartier pauvre de Londres. La plupart des habitants exerçaient le métier ingrat d’ouvriers en tout genre, tandis que sévissait un tueur en série bien connu : Jack l’Eventreur. Devenu une énigme de grande envergure, pour les criminologues, le mystère reste entier, bien que quelques pistes furent explorée, au fil du temps. Agatha Christie dira plus tard : « Un crime peut être une œuvre d’Art et un détective, un artiste ! » Mais nul ne peut véhiculer un tel aphorisme, sans aucune réserve, car aucun crime, à mon sens, ne mérite d’être hissé au pinacle.  Ma double nationalité suscite, en moi, le désir de vivre en France et en Grande-Bretagne. Certes, je ne lésine pas sur les déménagements. Partir, revenir, telle est ma spécialité. Actuellement,  je vis en Ecosse, un pays ponctué de châteaux perdus dans la brume…  Si de passage ici, vous nourrissez une propension à vous délecter d’un breuvage ambré bien connu, prenez garde aux excès ! L’abus  de whisky pourrait vous entraîner sans tambour ni trompette, dans les abysses du Loch Ness. Ne seriez-vous pas, en proie à une vilaine phobie, par hasard?  Si vous jouez de malchance, parce que le monstre a une petite faim, soyez assuré d’un rendez-vous avec la mort ! Allons, je blague ! Il n’y a de Nessie  qu’en peluche, parfois miniaturisé en porte-clés, peint sur les tee-shirts ou autres objets destinés à séduire un tourisme de masse. Mais la légende vit toujours plus que jamais, et lorsque, d’aventure vous percevez quelques remous, interrogez votre subconscient. Ne seriez-vous pas victime d’éventuelles hallucinations ou tout simplement, d’un désir puissant de vous immiscer dans le mythe ? Personnellement, j’ai longtemps éprouvé vis-à-vis de l’onde, une totale aversion, car, à une époque, je me suis retrouvé seul, à cause d’une histoire d’eau. Ma petite amie m’a quitté, pendant nos vacances d’été, en Ontario. Nous nous étions rendus sur le site des Chutes du Niagara, espérant goûter quelques sensations fortes. Je m’étais éloigné pour voir cet impressionnant phénomène depuis un autre point de vue. Jane était si euphorique qu’elle se pencha un peu trop et faillit tomber… Un bellâtre qui passait, la rattrapa. Il la gratifia d’un regard enjôleur, lui glissant, discrètement, ses cordonnées. Devinez le reste ! Durant les mois qui suivirent, je sombrai dans la dépression, malgré les injonctions à sourire de mes proches… Finalement, le temps fit son œuvre et après ce naufrage, je sortis, enfin, la tête hors de l’eau…  Maintenant, je travaille épisodiquement, chez un fleuriste d’Edimbourg, pour aider au financement de mes études en Sociologie… Est-ce pour cela que je m’intéresse au langage des fleurs ? La Rose rouge symbolise l’amour dont La Bruyère assure la pérennité.  Le Pétunia signe un obstacle à venir et l’Anémone espère toujours ! Le Coquelicot reflète la timidité. L’Orchidée, chères amies, incarne la grâce et la féminité… Une panoplie d’exemples de ce genre se décline, en diverses nuances. Pourquoi le Myosotis se nomme-t-il « Forget me not » ? Tout simplement pour supplier votre bien-aimé ou amoureuse de ne pas vous oublier… Quant au Chrysanthème, il flirte avec la mort et orne les tombes. La vie, l’amour, la mort, voilà des concepts qui sont l’essence même de l’être humain. Mais pour ce qui est de la vie, je l’agrémente d’une fervente passion ancrée sur un accessoire de mode masculine : la cravate ! Oui, je l’affectionne particulièrement, et si vous visitiez mon armoire, vous constateriez, au risque de vous surprendre, que rien n’est laissé au hasard. Ainsi, pourriez- vous en découvrir une multitude, de toutes sortes, en coton, en  polyester, en viscose, en cachemire, en tissu damassé, en laine, en lin, et même en cuir, sans oublier les modèles à fleurs, d’un style hippie chic, qui furent les premières pièces de ma collection. Aucun obstacle n’arrête un collectionneur, dans son élan… J’en possède cent soixante-dix-neuf, rangées avec une immense rigueur. Ces lumineux objets de mes désirs et parfois de mes délires, sont classés dans des boîtes, par années d’acquisition. Pendant longtemps, je me suis livré à un rituel, quasi liturgique, qui consistait à les compter souvent. Ah ! J’ai oublié de mentionner la peinture sur soie, que l’on peut admirer dans les salons des métiers de l’Art et de l’Artisanat. Je dirais même « la peinture sur soi » ou plutôt sur moi, évidemment ! Trêve de plaisanterie,  je m’explique...  Je m’en suis déjà procuré quelques unes, dans les boutiques des Musées. Sur ces jolis modèles, brillent des œuvres de Maître : Matisse, Picasso, Van Gogh, Gauguin, Lautrec, Wahrol…  Bref, un raffinement de haute volée! J’avoue que j’ai un petit faible pour celle qui représente un portrait de Salvador Dali, à la moustache malicieuse et gominée. Il s’agit d’un  magnifique modèle d’une série limitée que je mettrais volontiers, au saut Dali… Euh! « Au saut du lit », bien sûr ! Excusez-moi pour ce lapsus… Où ai-je la tête ?  Mais, regardez celles-ci : plus sobres, genre lavallière, elles me permettent de jouer les dandys… J’acquiers, alors, la noble allure d’un Georges Brummell. Il m’arrive de jouer le Golden boy, cravate grise sur chemise claire et costume en harmonie ! D’autres, plus modestes, affichent un air de carte postale, avec les monuments d’une capitale : Big Ben, Tower Bridge, Tour Eiffel, Sacré-Cœur… Disons que je suis un collectionneur de styles qui essaie d’avoir du style, en votre honneur, Mesdames !  « Une cravate bien nouée est le premier pas sérieux dans la vie » disait Oscar Wilde…  Bel adage, n’est-ce pas ? Alors, peut-être me surprendrez-vous, en flagrant Dali de coquetterie, arborant  une cravate ornée d’une œuvre illustre du peintre surréaliste. Oups !  Je voulais  dire «  délit », naturellement ! Décidément, ce génie me hante et je deviens, à son image, un homme de Gala* ! Allons, un peu d’humour, parfois, s’avère le bienvenu, dans notre monde cruel et tumultueux. « Tu es un  cravatologue  hors pair et zélé, » me dit mon père, fier d’avoir inventé ce mot qui me caractérise. Le jour de mes vingt ans, il me pria de placer quelques cravates, dans une mallette, et il m’accompagna chez un photographe qui exécuta une variété de clichés. Comme un véritable pigeon cravaté*, je soignais mon port de tête. Une fois de plus, je dus arborer les plus beaux sourires, pour satisfaire le professionnel et mon père bien -aimé.  Le premier devait accorder une importance majeure à cette expression du visage car sur un mur, on pouvait lire un poème :

Le sourire, sur vos lèvres, illumine nos yeux.
Il réjouit notre cœur, en proie à la détresse.
Comme une douce étoile qui brille dans les cieux,
Il éclaire nos vies, d’une aimable caresse.

Il apaise l’esprit et le corps des malades,
Embellissant leurs jours d’une lueur d’espoir.
Tel un soleil qui perce un ciel bas et maussade,
Il colore la vie et il gomme le noir !

Il est vrai qu’une photographie ne doit pas être le miroir de la tristesse… Les deux ans qui suivirent ma séparation ne réussirent pas à avoir raison de mon amertume… Cependant, pour meubler ma solitude, je me mis à surfer sur les sites de rencontres. Mais que pourrais-je attendre, au juste, de ces amours-là ?  Bientôt Mary, une jeune femme de Stirling, à un peu plus d’une heure de route d’Edimbourg, sembla répondre à mes attentes. Elle me fixa un rendez-vous devant le château de la localité,  ancienne résidence royale, perchée sur une haute colline. Dans la vieille ville, j’empruntai les ruelles que je grimpai avec enthousiasme. J’arborai, ce jour-là, une cravate assez large  représentant  un ciel embrasé de William Turner, qui la laissa indifférente, sauf quand je comparai sa crinière de feu aux couleurs de cette œuvre. Elle était originaire de l’île de Malte où l’Anglais se pratique couramment. Ironie du sort, ses yeux fascinants et perçants lui donnaient un petit air de « Faucon Maltais »*.  Le charme singulier  et envoûtant d’une photo postée sur le Net m’avait attiré, mais je constatai amèrement que je m’ennuyai en compagnie de la demoiselle qui semblait sourire naïvement sur commande, comme si elle avait été coachée pour s’emparer de la situation.  Stoppant vite cette relation stérile, je n’offris pas à la Belle l’occasion de visiter Edimbourg. Doué d’insatisfaction, j’accumulais les rencontres qui se succédaient au pas de course et qui n’aboutissaient à rien… Un matin, en choisissant une cravate à pois vintage des années soixante, style Gilbert  Bécaud, je décidai de tenter une aventure, en France. Mes congés approchaient idéalement pour concevoir et mettre en application ce dessein plutôt sympathique. Sur un site de rencontres, différent, ciblant plutôt des rendez-vous cosmopolites, je dénichai une Parisienne. Victoire travaillait au rayon parfumerie, dans l’un des grands magasins du Boulevard Haussmann  qui contribuèrent et contribuent encore, à faire le bonheur des Dames, comme dirait Monsieur Zola… La jeune femme habitait dans une petite rue du Huitième arrondissement près de la gare Saint- Lazare. Elle, aussi, voulait changer l’horizon de ses relations, aussi brèves  fussent-elles.  Elle me proposait, dans ses mails, de me faire découvrir quelques facettes de la capitale… Outre un bagage principal, je glissai, dans un sac à dos, une boîte contenant elle-même plusieurs sachets de cravates, à la manière des poupées gigognes… Je pris le train, à Edimbourg, en gare de Waverly, direction Euston Station, à  Londres.  Heureux,  je regardais défiler les images… La vitre d’un train ressemble à une lanterne magique… Pensif, j’observais mes compagnons de voyage. Un homme au physique ingrat semblait sortir d’un conte de Noël, écrit par Charles Dickens : une sorte de Mister Scrooge qui aurait traversé le temps ! Son nez aquilin, immense, paraissait vouloir rejoindre sa bouche dont les commissures incurvées vers le menton, esquissaient l’agressivité. Je m’imaginais planant au-dessus de lui et percevant sous cet angle, le dessin d’un beau sourire. A ma gauche, une femme plantureuse et haute en couleurs, ressemblait à « Boule de Suif », personnage notoire dans le récit éponyme de Maupassant. Arrivé à destination, je n’avais que dix minutes de marche  jusqu’à la gare de Saint-Pancras International, armé de ma valise à roulettes. Là, je m’embarquai dans l’Eurostar, à destination de Paris, gare du Nord, où j’arrivai, moins de trois heures après… Je dormis pendant la moitié du trajet. C’est une gamine à la voix perçante qui me réveilla. Elle harcelait sa mère pour avoir du chocolat et autres friandises… Dans les trains, la comédie humaine ne manque pas de sel, surtout lorsque autrefois, les compartiments se transformaient en un lieu de pique-nique, à grand renfort de saucisson, camembert, vin rouge et autres victuailles. A Paris, depuis la gare du Nord, je gagnai une ligne du RER qui me conduisit jusqu’à Saint-Lazare. Enfin, dans la soirée, je fis la connaissance de Victoire… Elle vendait des parfums et des produits de beauté, raison de plus pour mettre en œuvre un effort de coquetterie. Où irions-nous ? A Montmartre ! Sur la Place du Tertre, un artiste sollicita Victoire pour poser, mais elle refusa. Le plus délectable fut une soirée au Lapin Agile, mythique Cabaret rose qui vit passer Picasso, Modigliani, Utrillo, Max Jacob, Francis Carco, une équipe de joyeux drilles qui n’avaient de richesse, à cette époque, que leurs talents et leurs passions… Au fil des années, des chansonniers, auteurs, compositeurs y firent leurs armes…  Le lendemain, s’étonnant de la multiplicité de mes cravates, Victoire me lança : « Ne pourrais-tu pas faire un jour, SANS, par hasard ? » Elle essaya d’analyser mon comportement et mon rapport obsessionnel à cet objet. Elle tenta de décrypter la façon dont je rangeais et organisais y apportant un soin quasiment morbide. Vexé, je citai Honoré de Balzac : « Une cravate bien mise, c’est l’un de ces traits de génie qui se sentent, s’admirent, mais ne s’analysent, ni ne s’enseignent… » Du tac au tac, elle répondit : «  Peut-être, mais Balzac est mort ! Nous sommes au vingt-et-unième siècle.  Si tu t’obstines, tu finiras par en porter une pour dormir… Pourquoi ne consulterais-tu pas un psy ? » Tout d’abord, j’eus envie de la traiter de psychologue à deux balles, mais peu à peu, je compris qu’elle avait raison. J’avais des tocs, ou plus exactement des troubles obsessionnels compulsifs dont je devais me libérer.  Mais comment faire ? Eh ! Bien ! Je n’allais pas tarder à le savoir…  Notre relation s’acheva assez brutalement… Un soir, j’avais osé arborer une cravate sur laquelle était brodée une tête de Mickey. Cet hommage à Walt Disney la mit hors d’elle.  Nous étions dans son studio et nous nous  apprêtions à aller au restaurant. Elle m’ordonna de l’ôter. Je m’exécutai, mais soudain, irrité et animé par une pulsion destructrice, j’esquissai le geste de lui passer la cravate autour du cou… Toutefois, je lâchai prise et fondis en larmes, devant Victoire effrayée. Je reconnus que l’idée du Mickey était plutôt puérile, mais cette scène me révéla à moi-même et je pris conscience de mes failles. Pliant bagage, je lui fis mes adieux ! Je  pensai au poème du photographe et je m’efforçai  de le mettre en application. Oui ! Dans ce monde de violence, éclairons notre visage d’un sourire, pour notre bonheur et celui des autres. Il me restait, alors, une semaine de vacances…Je pris le train Express Paris-Cherbourg, vers la Normandie et je descendis à Bayeux où j’avais réservé une chambre d’hôtel, via Internet avant de quitter Paris. Ma mère, originaire de Caen, m’avait fait découvrir  le riche héritage patrimonial de sa ville natale. Mais pour l’heure, je jetai mon dévolu sur  la ville de Bayeux… La cathédrale m’émerveilla, le Musée de la Tapisserie contribua à parfaire mes connaissances, concernant les faits historiques, entourant Guillaume Le Conquérant et son épouse la reine Mathilde… Inculte sur ces questions, je savais malgré tout et heureusement, que briguant le trône d’Angleterre, le Duc de Normandie vainquit le Roi Harold, à la bataille d’Hastings en 1066…  A la boutique du Musée, je cherchai une cravate,  mais je stoppai, net, mon désir intempestif. J’optai pour une balade à Port en Bessin. L’air marin me ferait le plus grand bien ! Puis, le moment de regagner l’Ecosse arriva. Mais avant de repartir, je louai une voiture et je pris la direction opposée, vers la côte fleurie. De Cabourg où l’âme de Marcel Proust ne cesse d’illuminer le bord de mer, à Honfleur où les ciels d’Eugène Boudin scintillent en l’éternité, je n’avais d’yeux que pour cette parcelle subtile de la Normandie, tant prisée par Françoise Sagan qui sut la garder précieusement, entre ses mains, tel un trésor ! Sur les célèbres Planches, Deauville m’offrit un brillant Septième Art. Le spectacle de la mer me remplit d’une énergie positive. J’avais le pressentiment qu’un évènement heureux m’attendait. Je me baladais près des falaises des Roches Noires, m’assurant de la présence intemporelle de Marguerite Duras, en mon imaginaire. Je m’enivrais du parfum des embruns, avec une  indicible gaité, ne manquant pas de  goûter à la  gastronomie Normande, honorée ici,  dans de bons restaurants… Par bonheur,  mon retour se déroula, le mieux du monde. Je constatai, en rentrant, qu’une jeune fille venait d’emménager dans un appartement voisin, au même étage. Sa terrasse, ornée de fleurs multicolores, se situait tout près de mon balcon. Chaque fois que je croisais la demoiselle dans l’escalier ou l’ascenseur, elle me souriait généreusement. J’étais tétanisé ! Puis,  peu à peu, une aisance s’installa entre nous. Souvent, nous échangions quelques mots et un après-midi, elle m’offrit un café court, côté jardin.  Un Ristretto, disent les Italiens, pour désigner ce breuvage !  J’oubliai les cravates mais pas complètement, car elles allaient devenir un vecteur d’espoir.  Un dimanche matin, je les entassai pêle-mêle sur le lit. Nœud par nœud, j’ôtai le lien qui m’enchaînait à une passion dévorante, laquelle phagocytait mon être tout entier. Obtenant de longs rubans d’environ 1,20 m chacun,  j’en choisis quelques-uns, je les mis bout à bout et je les attachai solidement entre eux. Je lestai cette liane de cravates, en fixant à une extrémité une toute petite boîte en métal assez lourd, à l’intérieur  de laquelle je plaçai un mini-livre de citations sur l’Amour. J’avais découvert cette collection d’ouvrages minuscules, consacrés à divers thèmes tels que l’Amitié, l’Espoir, ou autres sentiments positifs destinés à générer le sourire et le bien-être… Glissés, dans une poche ou un sac, ces opuscules miniatures peuvent être, ainsi, lus à tout moment. Pour une fois, ma passion eut un retentissement salutaire sur mon équilibre. C’est ainsi que la cravate me libéra de la cravate. Ainsi s’achevait toute une vie d’addiction. En quelques gestes, je venais de m’affranchir d’une zone d’ombre oppressante, entachée à mon existence qui m’empêchait de voir le soleil. Pulsé par un élan de joie, sans précédent, je lançai cette farandole de tissus par-dessus la terrasse de Mathilde, Anglo-normande de Jersey, étudiante en Dialectologie à l’Université d’Edimbourg !  Eh ! Oui ! Guillaume et Mathilde, une fois de plus… Désormais, nous vivons ensemble. Ma compagne protège ma collection et m’encourage à l’enrichir. Toutefois, je  n’arbore une cravate que de temps à autre… Mon amoureuse apprécie les diverses étoffes et pour sortir, parfois, je m’offre le luxe d’un nœud papillon, façon James Bond… »
  Guidé par la curiosité, je la questionne : « Au fait, ma chérie, ton ex-fiancé portait-il des cravates ? »
« Bof ! Je ne me souviens plus ! Et puis, on s’en moque ; j’ai déjà oublié ! Tu es un parfait effaceur et je t’aime ! 
« Comment s’appelait-il ? »  Repris-je, avec insistance.
« Harold ! Pourquoi ? »
Tout d’abord, étonnée par mon éclat de rire, elle ne tarda pas à comprendre. Ah ! Oui !  Guillaume et Harold, comme en 1066 ! Quelle coïncidence !
Au zénith du bonheur, je m’exclame : «  Et si on s’en jetait un derrière la cravate* pour arroser ça ? Allez ! Champagne ! A nous deux ! » Désormais, nul besoin de me supplier de sourire. Mes lèvres ont acquis ce joyeux réflexe. Conscient que le mimétisme joue un grand rôle dans ce domaine, je pense au poème du photographe, et à cette jolie mise en lumière de la nécessité d’offrir un visage rayonnant aux personnes tristes, au gré de nos rencontres…
     Après vous avoir décrit ma vie en prose, voici quelques vers de ma composition : un modeste acrostiche, basé sur un mot essentiel que je vous laisse découvrir ! Sur le papier, sur les photographies, sur les visages, désormais, je collectionne les sourires et cela vaut largement les cravates, croyez-moi !

Sourire  est sous le rire !
On le pense, inférieur…
Utile, pour resplendir,
Radieux  et supérieur,
Intelligent, royal,
Règle du diplomate,
Et sourire commercial…
Si le mien vous épate…
                   Offrez-moi votre patte !

Et, comme le fredonnaient si bien  quelques grands noms de la chanson française : «  Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? »



*Gala : Epouse de Salvador Dali
*Le Faucon Maltais : Film de John Huston
 *Pigeon cravaté : Espèce originaire d’Italie
*S’en jeter un derrière la cravate: Boire un verre (Argot)