mardi 9 mai 2017

Un soirée particulière


- Devine qui j’ai vu hier soir, en rentrant du restaurant! Promis, je n’avais rien bu de plus que           de l’eau gazeuse!
- Quoi ? Raconte.
- J’étais donc au resto avec Sandra. Soirée entre filles, les enfants gardés par les papas. A priori, une bonne soirée en perspective. Nous sommes donc allées diner dans la fameuse pizzéria du centre ville. Tu sais celle sur la place pavée. J’ai pris une grande pizza napolitaine, une superbe glace puis un petit café italien magnifique! Nous avons discuté, nous avons beaucoup rit. On a parlé de nos histoires avec nos maris, nos enfants…
D’ailleurs il faut que je te raconte la dernière bêtise des jumeaux :
J’étais en bas, dans la cuisine. Je préparais le repas pour midi. Soudain, je remarque qu’il n’y a plus un bruit. Je sais qu’Alice est partie chez une copine, mais les jumeaux? Où sont-ils? Ils étaient dans le salon il n’y a même pas  deux minutes! Et là, je n’entends plus rien.
Oh là là, ni une ni deux, je les appelle. Jasmine, Valentin, où êtes-vous?
Je regarde partout, tout d’un coup j’entends des petits pas et des chuchotements à l’étage. Je monte quatre à quatre les escaliers. Et là, qu’est-ce que je vois? Mes deux petits bouts, les mains derrière le dos, droits comme des « i », du rouge vif sur les joues.
Quelle horreur, ils sont plein de sang!
Mais une odeur forte arrive à mes narines, une odeur que je connais. Je les regarde mieux et je vois, derrière eux, des petites gouttes, rouges, qui coulent une à une sur mon carrelage blanc. Je n’y crois pas mes yeux, le sol, le lavabo, les joues de mes enfants sont maculés de tâches rouges!
Non! Qu’avez vous fait! Vous avez vidé mon flacon de vernis!
- Ce n’est pas vrai! Ils n’en ratent pas une!
- C’est sûr! Dès que j’ai le dos tourné, ils trouvent toujours une bonne idée. Ils sont curieux de tout! Et tu peux être certaine, que le silence est synonyme de bêtises!
Sans faire de généralités, avec mes jumeaux, j’ai deux fois plus de bêtises qu’avec mon ainée. Mais heureusement, j’ai aussi deux fois plus de bisous et de câlins! Cela équilibre!
- Tu as bien raison. Mais donc, qui as-tu vu hier soir?
- Ah oui, je reviens à ma soirée.
J’étais donc avec Sandra. Le repas terminé, nous sommes allées marcher un peu. Il faisait bon. A vrai dire, nous n’avions pas très envie de rentrer. Tu sais, Sandra ne va pas trop fort en ce moment. Rester à la maison, c’est difficile; avec son mari, ce n’est pas çà non plus et ses ados lui en font voir de toutes les couleurs!
Il faudrait qu’on se refasse une petite virée à trois au bord de la mer. Des ballades les pieds dans l’eau, petite chambre d’hôtes, petit déjeuner gargantuesque! Tu te rappelles, il y a deux ans, quand nous sommes parties en Normandie. Qu’est ce que cela nous a fait du bien! Nous en sommes revenues, toutes requinquées!
Parce que, là, Sandra, limite si elle ne nous fait pas une dépression, tu sais.
- Non, à ce point là?
- Oui! Bon, je ne voulais pas te le dire, mais elle a pleuré quand je lui ai dit qu’on allait rentrer. L’angoisse de retourner dans une ambiance minable. Son bonhomme, il est rarement là. Et, quand il est là, il est trop fatigué pour la regarder ou même lui parler. Et comme je te le disais, Bastien et Ludo sont exécrables avec elle. Ils ne la respectent même plus!
C’est dur, pour elle. Elle qui est si gentille et douce. Elle a mis sa carrière de côté pour ses hommes (comme elle dit). C’était son choix. Mais, maintenant elle en souffre beaucoup!
- Elle devrait avoir une discussion franche avec son mari et ses enfants. Leur dire ce qu’elle ressent. Et pourquoi pas reprendre un boulot, elle sortirait de chez elle, elle verrait d’autres personnes que ces ingrats!
- Oui, c’est ce que je lui ai dit. Elle y réfléchi. Tu sais, elle a beaucoup perdu confiance en elle depuis qu’elle a arrêté de travailler. Et sa famille ne l’a pas aidée. Ce n’est pas simple.
- Bon, revenons à nos moutons…hier soir…
 Mais, qu’est ce que tu veux qu’elle fasse? Çà fait quinze  ans qu’elle ne travaille plus. Les employeurs sont très frileux. Imagine : femme, la quarantaine, deux enfants, expérience professionnelle atypique et irrégulière, et un gros trou de quinze ans dans son cv. La classe, çà donne envie, son statut mère au foyer n’est même pas reconnu! C’est comme si elle n’avait rien fait  depuis tout ce temps!
- Et oui, c’est le problème. On élève nos enfants, par choix .On n’a pas d’horaires, pas de RTT, pas de vacances, on n’a pas d’heures supplémentaires ou de majorations de nuit. Notre cerveau ne fonctionne plus que pour notre progéniture, on devient des poissons qui tournent dans un bocal. On cherche à s’en sortir parfois mais on étouffe quand on sort la tête de l’eau trop longtemps! On aime notre bocal, nos petits, nos maris mais on arrive à ne plus savoir qui l’on est, ce que nous sommes capables de faire, en dehors de cette vie là. Tout nous ramène à notre aquarium. Quand on en sort, les discussions s’essoufflent vite, cette impression d’être déconnectée du monde réel, du monde du travail. On n’a même plus le temps de regarder les infos, ou ce que l’on voit nous fait si peur pour l’avenir de nos enfants qu’on boycotte le journal télévisé.
    En tous les cas, Sandra se sent très seule, elle est perdue, elle n’a plus le goût à rien.
- Ce n’est franchement pas drôle ce qu’elle vit là. Il faut qu’on l’aide à se sortir de ce marasme. Mais çà ne va pas être simple. On va ramer. Car une personne en dépression, ce n’est pas juste un simple petit coup de cafard! Il faudra que l’on soit patientes. Très patientes! Ne pas trop la bousculer. Montrer que nous sommes là, sans être trop étouffantes. Et surtout son mari doit être au courant. Tu penses qu’il est assez intelligent pour la soutenir plutôt que de l’enfoncer un peu plus?
- C’est quand il le saura que nous verrons.
Et pour cette nouvelle, elle a quelque chose à voir avec Sandra ou pas? Parce que là, nous avons bien dévié l’objet de la discussion.
- Oui, alors j’en étais où? Ah oui! Je te disais que nous sortions du restaurant. Après les larmes, les discussions, le calme est revenu. Nous sommes rentrées dans la voiture. Nous sommes passées par le chemin de campagne. Tu sais celui tout cabossé, à travers les champs. La nuit tombait.
Nous arrivons au stop, au carrefour entre l’école et le gîte. Un chien passe devant la voiture, il a fallu que je freine un bon coup pour ne pas le heurter! Il m’a regardé droit dans les yeux. Tu me croiras ou pas j’ai eu l’impression qu’il me remerciait…Je commençais à peine à me remettre de mes émotions quand soudain…
- Quoi soudain…?
- Toutes les lumières se sont éteintes. Même les phares de la voiture! Il faisait complètement noir, nous n’y voyions absolument rien!
- Non!?
- Si je t’assure. Nous avons commencé à avoir peur car çà ne se rallumait pas. Au bout de quelques instants, Sandra est devenue très calme, posée. Elle respirait doucement et regardait fixement devant elle, comme hypnotisée. Tout d’un coup, une lueur est apparue. Une silhouette masculine s’est dessinée et lui a tendue la main.
- A qui?
- A Sandra
- Ouah arrête, tu me fais flipper. C’était quoi çà?
- Je n’en sais rien. Mais Sandra, cela ne l’inquiétait pas du tout! Elle souriait. Elle est même sortie de la voiture, sans rien dire et elle s’est dirigée vers cette silhouette. J’ai essayé de l’en empêcher mais il n’y avait rien à faire! Elle était comme attirée par cette lumière.
Debout face à face, la silhouette semblait lui parler, l’homme lui a même pris les mains. Sandra, l’écoutait, hochait de la tête, souriait et des larmes lui coulaient sur les joues.
Après dix bonnes minutes à les regarder, bouche bée, elle est revenue près de moi. Elle m’a dit « c’est bon maintenant, on peut partir, tout va aller mieux ».
- ???
- Puis toutes les lumières se sont rallumées. J’en ai pris plein les yeux. Sandra était stoïque, elle semblait heureuse, légère.
- C’était qui ce bonhomme, un fantôme? Une âme revenue sur terre pour la guider? Qu’est ce qu’il lui a dit?
- Je lui ai demandé bien sûr. Mais au moment où elle m’a regardée et quand elle a commencé à me dire « devine qui j’ai vu ce soir…avec un sourire jusqu’aux oreilles et les larmes encore sur les joues, ce n’est pas sa voix que j’ai entendu…
J’ai entendu une petite voix aigüe au loin, une petite voix connue
- Quoi?
- J’ai entendu plus près, dans mes oreilles, de la musique, une sonnerie et cette petite voix qui me disait en boucle, en plus de sentir mon ventre se faire écraser par un petit poids : « maman, maman, je suis réveillé, faut se lever maman, il y a école! »
Alors, j’ai ouvert les yeux, éblouie par la lumière. C’était Valentin qui me harcelait pour que je me lève!
-….non, ce n’est pas vrai! Tu me parles de quoi? Tu as rêvée? C’est d’un rêve dont tu me parles?
- Oui, pourquoi tu croyais que je parlais de quoi?
- Et bien de ta soirée hier avec Sandra, et que vous aviez vu un fantôme, et que même je me suis imaginée que c’était son père qui revenait pour la réconforter et lui redonner espoir en la vie, qu’il était là pour elle, qu’il l’a protège, qu’il l’aime…
Oh la barbe, ce n’était pas vrai, Sandra ne va pas mieux!
- Ah, ne dit pas cela, je l’ai vu ce matin au marché, elle était rayonnante, elle m’a même parlé de son père, qu’elle était plus apaisée maintenant, qu’elle acceptait plus sa mort car elle sait qu’il n’est pas loin…

- Et alors! Et si ton rêve…

Junior : Le Chat et moi

« J’ai une bonne nouvelle ! dis-je à ma copine Lucie. Je vais avoir un chat, enfin un chaton.
-­‐ Trop cool ! me crie-t-elle dans les oreilles !! »
Ah au fait, je ne me suis pas présentée : je m’appelle Lola, j’ai 11 ans, je suis en 6ème et j’adore
les animaux.
« LOLA A TABLE ! » me crie maman. En plus, aujourd’hui c’est poulet, choux de Bruxelles.
« Maman, Lucie peut venir manger avec nous ?
- Oui, si elle veut. »
Bon, on ne peut pas dire que les choux de Bruxelles sont vraiment passés, mais ce n’est pas le
plus important. Le pire, c’est qu’on a reparlé du chaton, et que maman m’a dit que si je ne
m’améliorais pas, je n’aurais pas de chaton !
D’accord, on ne peut pas dire que j’ai de bonnes notes, je suis même la dernière de ma classe,
alors le chaton promis, je suis presque sûre que je ne l’aurai pas.
Le lendemain, c’est dimanche. Le matin, je fais la grasse matinée. Plus tard, je vais me
promener dans les bois avec mes amies d’enfance Lucie, Gloria et Lily.
Nous étions parties depuis presque une heure et nous allions rentrer quand un buisson se mit à
bouger, d’abord doucement puis de plus en plus fort. Soudain, un chat, ou plutôt un chaton
sortit du fourré.
Il avait quelques taches rousses, des taches noires, et le reste de sa fourrure était blanc. Ses
oreilles étaient minuscules, ses yeux étaient bleus, il avait un petit nez rose, une bouche
malicieuse, quatre pattes blanches et noires et un corps pas plus grand que ma main. Sa queue
était toute ébouriffée, nous lui avions fait peur.
Il semblait abandonné. Gloria et Lily voulaient continuer la promenade et rentrer à la maison,
mais je n’arrivais pas à partir et à laisser ce chaton seul dans la forêt.
Après plusieurs minutes, il s’est approché de moi et m’a léché la main.
Je me suis dit : « Je vais le ramener en cachette à la maison. Papa et maman ne s’en rendront
même pas compte ».
C’est ce que j’ai fait et le soir même, il était installé sur mon lit. C’est là que commence l’histoire
du chaton à la maison !
Heureusement que les parents n’ont pas vu mes draps le lendemain matin ! Ils étaient pleins
d’urine. Maintenant je sais que je dois lui mettre un bac avec une litière.
Je dois aussi lui trouver un oreiller car il vient de mettre plein de poils sur ma couette : si maman
s’en aperçoit, je serai privée de télé pendant un mois !
Ouh là là, je comprends pourquoi mes parents ne veulent pas avoir de chat : Papa dit toujours
qu’il peut se faire écraser sur la route et maman dit que c’est une responsabilité de s’en occuper.
Maintenant, je commence à comprendre ce qu’elle veut dire.
Avant de partir à l’école, j’ai dû tout nettoyer, puis j’ai enfermé le chat dans la cuisine : comme
ça il ne salira pas ma chambre pendant la journée. Puis maman m’a déposée au collège avant
de partir travailler.
Toute la journée j’étais inquiète : j’avais peur que le chaton ne soit plus à la maison en rentrant,
j’avais peur qu’il ait fait des bêtises, j’avais peur que mes parents le découvrent.
Finalement, j’avais raison de m’inquiéter : le soir, à la maison, c’était une catastrophe nationale.
Quand je suis rentrée de l’école (avec une heure d’avance car la prof de français était malade),
ce n’est pas un chat avec plein de taches que j’ai retrouvé, mais un chat tout blanc. Il y avait un
paquet de farine renversé sur la table, et de la farine partout dans la cuisine !
Du coup, j’ai dû tout ramasser et tout laver avant que les parents ne rentrent.
C’était moins une, car j’ai vu mon père par la fenêtre en train de se garer sur le parking en face
de la maison.
J’ai vite remis le chaton à l’étage et je suis restée en haut avec lui pour lui trouver un nom.
Je lui demande : « Spot ? » Il vient se frotter contre moi et fait un OUI avec sa tête.
Il s’appellera Spot !
Le mardi, je l’ai mis dans ma chambre. Il a encore fait des bêtises, que j’ai dû nettoyer en
rentrant de l’école.
Mercredi, c’était encore pire : il a fait ses griffes sur les rideaux de la salle à manger. Pour
cacher mon secret, j’ai dû mentir à mes parents.
Jeudi matin, en partant au travail, ma mère a laissé la fenêtre de la salle de bains ouverte.
Spot en a profité pour filer dans le jardin.
Seulement, il n’a pas réussi à rentrer dans la maison et s’est installé devant la porte d’entrée.
Le soir, ma mère est rentrée plus tôt que prévu et est passée me prendre à la sortie du collège.
Quand nous sommes arrivées, Spot est venu se frotter contre mes jambes et je l’ai pris dans mes
bras. Ma mère nous a surpris et m’a demandé : « D’où vient ce chat ? et depuis quand le connaistu
? »
Et là, j’étais obligée de tout lui dire. Quand j’ai fini de parler, maman regarde le chaton et me
dit : « Il est mignon ; est-ce qu’il a un nom ? »
Je fais oui de la tête : « Il s’appelle Spot».
Ma mère répond : « C’est un nom très joli. »
Tout doucement, je lui demande : « Il peut rester avec nous à la maison ? »
Maman me regarde avec des yeux étonnés et je continue à la supplier silencieusement. Quand
elle finit par craquer, elle fait : « Ok, il peut dormir une nuit, et on en reparlera demain. »
Quand papa est rentré ce soir-là, j’étais déjà dans mon lit. J’ai entendu maman lui parler du
chaton avant de m’endormir.
Le lendemain matin, mes parents avaient une attitude bizarre. Ils ne m’ont pas dit pourquoi,
mais ils sont partis très tôt, bien avant l’ouverture du collège. Pour la première fois de ma vie,
j’ai dû prendre le bus pour aller au collège !
Le soir après le travail, j’ai vu papa débouler dans la maison avec un panier en tissu rouge et
maman le suivre avec deux gamelles, un sac de croquettes et un paquet de litière pour chat.
Papa est ensuite retourné à la voiture et en a sorti un sac contenant une souris et un grelot.
Ils ont installé le panier et les jouets dans le salon à côté de la cheminée et maman est montée
dans ma chambre chercher le chaton. Papa l’a posé dans son panier en disant : « Voici ta
nouvelle maison Spot. »
Papa s’est mis à jouer avec Spot et le grelot. Maman m’a dit : « Nous avons réfléchi avec papa.
Nous avons décidé de garder ce chaton. »
C’est ainsi que nous avons accueilli un nouveau membre dans notre famille.
Depuis ce jour, je me suis toujours bien occupée de Spot et j’ai pu prouver à mes parents que
j’étais capable de prendre soin d’un animal.

Junior : La Maison de la terreur

"J'ai une bonne nouvelle Mathieu, les parents vont nous faire passer de supers vacances de Pâques!"
C'était la première fois que j'allais en Angleterre. Mes parents avaient loué une maison pour les vacances .
- P'tite crevette c'est quand qu'on va voir la maison de la terreur?... Hein?
- Je ne sais pas Mathieu et arrête de m'appeler "p'tite crevette" je m'appelle Lidia je te signale.
- Ok... Mme Lidia crevette.
Je l'ignora. D'abord je mis toutes mes affaires dans ma nouvelle chambre puis j'alla dans une boutique a souvenir pour ramener un souvenir de Londres a ma meilleure amie, c'est un porte clé avec écrit dessus "I love London ". Je retourna ensuite "chez moi" et je commença à rédiger une carte postale.
"Chère Amélie en Angleterre c'est trop bien, mais tu me manques, quand je rentrerais en France je te ramènerais un petit cadeau".
Le lendemain mon frère recommença à me harceler pour aller à la maison de la terreur. Et je céda (vous feriez quoi vous si votre frère était près a vous étrangler pour aller dans un parc d'attraction ?).
Alors nous partîmes avec de grosses doudounes en laine car il faisait très froid et mon portable, au cas ou il y aurait des problèmes. La maison de la terreur était à quelques pâtés de maison de chez nous. La batisse était noire, très grande, avec très peu de fenêtres et une grande cour.
- Il doit faire tout noir à l'intérieur Lidia !
- Oui Mathieu, c'est une vraie maison hantée. Mais tu sais ce n'est qu'un parc d'attraction il doit y avoir des lumières et des effets spéciaux.
- Oui si tu le dis...
Nous entrâmes dans la deumeure et je fus surprise de constater qu'il n'y avait que nous et 5 ou 6 personnes dont 2 guides. Le notre s'appelait Cédric.
"Avant de vous faire visiter, je voudrais vous dire qu'il n'y a aucun effet spécial, les seuls travaux que nous avons fait sont, des rénovations mais pas au niveau de la déco, c'est la même que lorsqu'elle a été construite en 1750 depuis nous n'avons jamais nettoyé c'est ce que m'a dit mon patron il m'a aussi demandé de vous raconter la légende du manoir.
Il y a quelques années, le château venait d'avoir 400 ans alors pour fêter ça, Jérôme, le propriétaire, fît installer un ascenseur car il se faisait vieux et ne pouvait plus monter les escaliers, sauf que dans cette maison il s'y passait des choses étranges. Quand il monta dans l'ascenseur il se passa quelque chose de bizarre et il resta coinçé dans la chose maudite jusqu'à ce jour.
Une voix demanda :
-Est ce que c'est possible que Jérôme soit encore en vie ?
-Non, probablement pas. En ce moment il doit avoir 106 ans.
Je pensais en moi même que la personne qui avait dit ça était vraiment bête, ce n'est qu'une légende...
Soudain une main m'attrapa et me poussa derrière une grande commode.
- Hé !... Mais avant que je ne prononce un autre mot, une main se plaqua sur ma bouche.
- Chut Lidia ! Chuchota mon frère, et il m'enleva sa main de ma bouche.
- Ok, mais qui y-a-t'il ?
- Je n'ai pas envi de faire la visite avec le  guide.
- Oui moi non plus, en plus on va devoir assister à une leçon d'histoire sur le manoir.
Alors nous commençâmes a nous éloigner du groupe en silence, en faisant croire au guide que nous partions et... il nous a cru.
Il y avait des vieux meubles couverts d'une épaisse couche de poussière, je souffla dessus. La seule lumière qui nous éclairait, était un lustre fait entièrement de bougies.Tout était fait d'un vieux bois qui faisait très rustique, le sol était en béton. Nous traversions les couloirs déserts nous nous éloignions le plus possible du groupe jusqu'à ce que nous ne les entendions plus. Puis il y eu une grande porte. Que dis-je, une immense porte.
- A ton avis, on entre ?
- Bah oui, soit pas bête Mathieu, si on s'est éloigné du groupe, c'est pour faire la visite tout seuls.
On poussa la porte, rien... Le mécanisme devait être rouillé par le temps et aussi l'humidité.
- Ca veut pas s'ouvir Lidia... Je crois que finalement c'était une mauvaise idée ! Le pauvre il était déséspéré.
- Mais non, n'abandonne pas si vite ça ne fait que 5 minutes que l'on marche.
Soudain quelque chose attira mon attention, un grand coffre noir avec des bordures en marbre et à côté une grande porte en bois sculpté.
- Regarde Mathieu, il doit y avoir un pied  de biche ou quelque chose comme ça.
Ce n'était pas un pied de biche mais un grand trousseau de clés avec plein de pièces d'or à côté. Les personnes qui avaient acheté le manoir devaient être riches ! La monnaie n'était pas l'euro mais une monnaie bien plus ancienne, celle de l'époque sûrement. J'essaya presque toutes les clés sur la serrure de la grande porte qui, par chance, n'était pas rouillée. Au bout de la cinquante troisième clé, la porte s'ouvrit avec un grincement sinistre. Il y avait une grande salle pour au moins 12 personnes ! Et à côté une petite cuisine avec un robinet je ne savais pas si l'eau pouvait encore y passer. Il n'y avait pas de fenêtres, les lustres étaient éteints et il n'y avait pas de chandelles. Il y faisait tout noir.
- Viens Mathieu.
- D'accord mais tu es où ?
- Là, suis le son de ma voix.
J'entendis un "clac", il avait dû faire tomber une casserole, et un "boum"!
- Aïe! Je me suis pris les pieds dans quelque chose de mou. Lidia ! allume ton portable, je ne vois rien!
-Ah oui c'est vrai, il était dans ma poche, je l'avais oublié...
HORREUR !!! Il s'était pris les pieds, pas sur un objet... Mais sur une personne !
En fait, il s'était pris les pieds dans la jambe d'un mannequin, comme ceux qui sont dans les magasins. L'objet était habillé dans la mode des années 1750, une robe noir ou bleu marine, dans la faible lumière de mon portable on ne voyait pas très bien. Je retourna le mannequin, de dos elle avait une grande traîne blanche avec trois grands rubans rose pâle.
- J'ai eu trop peur je croyais que c'était une vraie personne, pas toi Lidia?
- Oui,c'est vrai que c'était plutôt réaliste.
- J'ai faim tu crois qu'il y a encore de la nourriture dans les tiroirs ?
- Regarde-toi, Mathieu tu es un vrai estomac sur pattes.
Dans le premier tiroir il n'y avait que des couverts, dans le deuxième il y avait un gros rat qui mangeait des bouts du mannequin.
- Non il n'y a rien.
- Bon tant pis... Eh ! mais, tu as ton portable?!
- Oui.
- Tu pourrais appeler les parents pour qu'ils nous ramènent un goûter ?
- Mathieu, tu ferais tout pour manger quelques gâteaux !
Je composa leur numéro, or je ne pouvais pas les appeler car il n'y avait pas de réseau.
- Il n'y a pas de réseau, désolé Mathieu, le goûter devra attendre.
Alors nous sortîmes de la cuisine, à côté il y avait un grand escalier dont les bordures étaient rongées par les termites. Les marches grinçaient sous notre poids.
Une fois arrivés en haut de l'escalier, il eu un grand couloir avec pleins de portes, au fond du couloir il y avait une immense porte avec écrit dessus "DANGER!! Défense d'entrer, cette sale est maudite."
- Pfff... C'est du n'importe quoi, elle ne peut pas être maudite! A ton avis y a quoi derrière la porte? Dit mon petit frère.
- Mathieu connais-tu cette phrase " la curiosité est un vilain défaut "?
- Oui, mais je te signale que toi aussi tu es curieuse et que nous mourrons tous les deux d'envie d'ouvrir cette porte.
- Là tu marques un point. Et si ça se trouve, ce n'est qu'un placard à balais !
- Ouais, bon je te laisse l'honneur d'ouvrir cette porte Lidia.
- Tu es un FROUSSARD... Froussard!
- Ch'uis pas un froussard, et si tu veux pas le faire ce sera moi qui le fera !
- C'est bon, calme toi Mathieu, je vais te l'ouvrir moi ta grande porte !
Cette porte aussi était fermée.
- Elle est fermée et j'ai laissé les clés dans la cuisine, je reviens!
Je descendis les marches, entra dans la cuisine, pris les clés, quand soudain une idée me passa derrière la tête. J'allais lui faire la peur de sa vie...
Je montai tout doucement les escaliers sur la pointe des pieds et me cachai derrière une grande commode. De là, je pouvais voir Mathieu qui s'impatientait.
- Bouhhhhhhhhhhhh !!!!!!
- Lidia c'est toi?
- Bouhhhhhhhhhhhh!!!!!!! Je suis le fantôme du couloir !!!! Bouhhhhh !!!!!!!!
Il avait une tête apeurée, il voulait aller dans les escaliers pour se cacher. Quand soudain je l'entendis marcher, puis courir, et au moment où il passa a côté de la commode, je lui fis...
- BOUH !!!!!!!!
- A l'aide, au secour !!!
- HA ! HA ! HA ! HA !!!! Tu m'as cru ? Hé ! mais c'est quoi ça?
- Non je t'ai pas cru, et ça c'est rien d'abord !
- Oh lala, t'as mouillé ton pantalon !
- Même pas vrai! Bon t'as les clés ?
- Oui.
J'étais au bord d'éclater de rire et lui... de sanglots!
Quand ce fût la bonne clé, la porte s'ouvrit. Ici, il y avait une grande porte-fenêtre avec un balcon, un lit, une armoire, une glace et une machine a coudre.
- Ca devait être la chambre de Jérôme, tu sais le propriétaire du manoir.
- Oui Mathieu, ça te dirais d'essayer la machine a coudre ?
- Ouais, sauf que ça m'étonnerais quelle marche encore et je ne sais pas comment faire.
- Moi si, j'ai vu un documentaire dessus.
- Bah vas y, moi je vais fouiller dans l'armoire.
- D'accord Mathieu.
L'armoire était en bois avec des animaux gravés dessus. Il l'ouvrit, à l'intérieur il y avait des vêtements très très anciens.
- Regarde ce que j'ai trouvé Lidia, plein de vêtements ! Moi je vais les essayer!
- Ouais!!!!
Une fois revêtu, il se regarda dans la glace.
- J'ai l'impression que tu as remonté dans le temps et que t'es retourné aux temps modernes ! C'est fou Mathieu, on a bien fait de faire la visite tous seuls!
- Ouais, mais j'ai l'air d'être un gros snob !
Le reflet était plutôt laid, mon frère avait un haut noir trop grand pour lui avec une sorte de foulard blanc a l'intérieur. Son pantalon était marron, mais ressemblait a une jupe, puis il trouva une perruque grise avec des rubans rouges.
- Je suis ridicule ! Bon maintenant c'est à toi de te ridiculiser.
- Non, attend bouge pas je te prends en photo !
- Non ! Allez enfile tes vêtements !
- Alors là je dis NON ! J'ai pas envi de ressembler à Marie-Antoinette. J'ai vu ce que ça faisait sur le mannequin et c'est très moche !
- Oui, mais pourquoi y avait t'il un mannequin dans la cuisine ?
- Bah... Rassemble tous les indices.
- Mannequin ! Fit Mathieu.
- Machine à coudre.Dis-je.
- Et pièces d'or ! Dis Mathieu.
- Mais oui bien sûr ! Il devait être un grand couturier, en vendant ses créations il devait se faire beaucoup d'argent ! C'est pour ça qu'il y avait des pièces d'or ! M'exclamais-je.
- Bah oui, finalement t'as peut-être hérité de mon intelligence ?
- Rêve pas Mathieu c'est moi ta grande soeur et je peux te jurer que t'as pas hérité de MON intelligence! Dis-je modestement.
Tout à coup la porte fenêtre claqua dans un bruit épouvantable, il avait dû y avoir une grande raffale de vent ! Et là maintenant il pleuvait, un cyclone se préparait. Les meubles glissaient et une chaise faillit m'arriver dans la tête. Je l'esciva de quelques centimètres, mais Mathieu, manque de chance, en pris une en plein dans le tibia.
Le vent soufflait beaucoup trop fort à notre goût, il fallait impérativement fermer la porte-fenêtre sinon on allait être dans l'oeil du cyclone. Nos pieds ne touchaient presque plus le sol. Le vent faisait un bruit épouvantable, on pouvait même discerner le son de plusieurs voix apeurées qui venaient d'en bas, ils étaient beaucoup plus protégés que nous.
- Lidia, j'ai peur et j'ai mal il faut fermer la fenêtre !
- C'est ce que j'essaie de faire !
Il fallait crier pour se faire entendre. Et maintenant il fallait s'acrocher aux rebords du lit si on ne voulait pas se faire aspirer. Mais le lit aussi commençait à glisser, or, ou plutôt par chance, il était trop grand et ne pouvait pas sortir de la chambre. Quand il fût à la même hauteur que la porte-fenêtre, avec Mathieu on la ferma tous les deux en même temps.
- Ouf, on a eu chaud ! Dis Mathieu.
- Oui je ne veux plus jamais revivre ça ! Lui répondis-je.
- Tout pareil!
Grizzzzzzz,grizzzzzzz,grizzzzzzzz.....
- Lidia c'est toi qui fait ce bruit ?
- Non je crois que c'est au dessus de nous.
Le bruit venait du lustre en bougies, avec le vent qu'il y avait eu, il avait été fragilisé et maintenant il allait tomber !!!
Une bougie tomba sur le lit mais c'était loin d'être fini, car maintenant il pleuvait... des bougies !!!!
- A l'aide, au secours ! On va brûler !
Il ne restait plus qu'une bougie sur le lustre, et le lustre tomba pile devant la porte.
La porte s'enflamma.
- Lidia, il faut sortir d'ici ! On va mourir !
Il pleura a chaudes larmes (sans mauvais jeu de mots).
- Notre seule chance est la porte fenêtre, mais il faut se dépêcher avant que le rideau ne
s'enflamme !
Nous courions tout en évitant les flammes, quand soudain, au moment ou Mathieu allait ouvrir la porte-fenêtre pour sortir, le rideau maintenant recouvert de flammes lui tomba dessus.
- Mathieu ! NON !!! Je pleurais j'appelais au secours, mais personne ne pouvais nous entendre, c'était la fin.
Puis le rideaux se souleva, il avait eu le reflexe de se protéger avec son avant bras. Je n'y croyais pas, il était encore en vie!!! Mais maintenant il avait sa paume de main droite brûlée.
- Lidia.*Il toussa*. Ca me brûle !
- Viens, allez, il ne faut pas que tu restes trop longtemps dans la fumée, je te rappelle que tu es asthmatique. Allez, lui dis-je tendrement.
Il sauta par dessus la porte-fenêtre avec grande peine. Dehors il pleuvait, la tempête s'était calmée et ça faisait un bien fou à Mathieu. Il me montra sa main, il avait une brûlure, sa main était toute rouge.
- Ca va Mathieu, tu veux qu'on rentre?
- Oui, mais par où on va passer ?
- J'ai ma petite idée, mais avant est-ce-que tu penses que tu pourrais faire un petit détour ?
- Oui, je suppose Lidia.
- Super, alors on va sauter du balcon, il est au dessus de la cour et il y a des arbustes, alors si on a un peu de chance on attérira peut-être sur l'un d'entre eux.
- J'ai peur d'attérir sur mon bras tu crois que je pourrais plutôt aller sur ton dos ?
- Arrête de faire ta chochote Mathieu, ch'uis sûre que tu vas avoir de la chance (pour une fois).
- Bon d'accord.
- Allez, à trois on saute. D'accord Mathieu ?
- Oui, un.
- Deux.
- Trois!
Mathieu tomba sur un groseiller et moi sur un parterre de tulipe.
- AÏE! J'ai le derrière tout endolori !M'exclamais-je.
- Super, pour une fois j'ai de la chance !Me répondit Mathieu en souriant.
Puis j'ai été soudain prise d'un très grand stress.
- Ho ! Ho ! Je crois que mon portable est cassé, je l'avais mis dans la poche de derrière.
- Bon là il faut vraiment partir, le soleil se couche et je viens de me souvenir que les parents nous avaient donné rendez-vous à 15 H devant l'accueil !
- Bah tu vois quand tu veux tu peux être plus sérieux que moi ! La première chose que je fis, fût d'appeler les parents, heureusement mon portable n'était pas cassé.
- Ils doivent se faire un sang d'encre !
- Oui, holala je suis trop inquiète Mathieu, à cette heure ci, ils ont peut-être déjà alerté la police pour nous rechercher !
- Vite !!!
Soudain j'entendis un "tip-tip", le réseau était revenu ! J'appela les parents pour qu'ils viennent nous chercher, et ils décrochèrent.
- Enfin, j'espère qu'ils vont vite venir nous chercher, je meurs de faim ! Dis Mathieu.
Je raccrocha.
- Ils viennent dans cinq minutes, je les ai appelé à temps, ils étaient déjà au commissariat.
- Super ! Tu es la meilleure Lidia !
Une fois à l'accueil, nous vîmes arriver les parents (c'était la première fois que je voyais maman courir).
- Les enfants ! Cria-t-elle.
- Vous nous avez fait un sang d'encre ! Dit mon père.
- Mathieu c'est quoi le trou dans ton nouveau jean's ? Et pourquoi ta main est-elle brûlée ?
- C'est bon chérie, ils sont là, eux aussi ont dû avoir peur, alors arrête de les harceler de questions on en parlera à la maison d'accord ?
-Oui tu as raison mais tu comprends, c'est l'instinct maternel.
Alors nous partîmes heureux et sur la route on croisa un camion de pompiers qui s'arrêta devant le manoir. Avec Mathieu on leur expliqua tout, puis mon père voulu nous dire quelque chose.
- Alors voilà, j'ai une bonne nouvelle à vous annoncer. J'ai eu mutation professionelle, et je ne peux pas la refuser. Alors nous allons emménager à Londres !
- Super papa ! Mais où va t'on emménager ?
- C'est pas ça qui est le plus important Mathieu, répondis-je,mais c'est quand est ce que l'on va voir nos amis ?
- Déjà on ira toutes les vacances en France, et ta mère et moi avons trouvé la maison PARFAITE !
- Nous allons emménager à deux pas du manoir, et par chance, mon travail m'offre des places pour aller à la maison de la terreur tous les dimanches, et des cours d'anglais !
- Super! ( Je ne leur ai pas dit que je ne voulais plus jamais y mettre les pieds ).
- Chouette mais on est obligé que se soit la maison de la terreur ?
- Oui Mathieu, en fait, c'est moi le nouveau patron du manoir. Vous ne voudriez pas me faire de peine ?
- Non...Nous répondîmes en choeur avec Mathieu.
Nous n'avions pas tout raconté à papa et maman, tous les méchants imprévus, comme si ils  n'étaient jamais arrivé.

Fin...

Junior : Le Devoir

J’ai une bonne nouvelle : l’école est finie ! Plus de cours, de punition ni d’évaluation. Les levers à l’aube n’existent plus pour moi. Quel bonheur de ne pas aller à l’école pour écouter le professeur sept heures par jour, assis éternellement sur une chaise trop rigide ! A moi s’offrent maintenant le jeu, la liberté et le bonheur.

Il y a bien une cause à cela –un peu plus sérieuse, je l’avoue– mais cela reste une bonne nouvelle : tous les Français majeurs sont enrôlés dans l’armée afin de ramener la paix en Syrie, où la guerre civile fait rage depuis cinq ans. Nous allons enfin libérer le monde !
Les instituteurs participent également à la lutte, ce qui affranchit tous les enfants de l’école. Finalement, cet acte est doublement noble.

Cependant, en voyant mon père qui prépare sa valise, je ressens un pincement au cœur. Voilà quelque chose que je n’ai pas prévu. Je ne verrai plus avant un certain temps son chaleureux visage avec son sourire dissimulé sous une épaisse barbe rousse. Je prends peu à peu conscience de la réalité de la guerre. Ma mère, mes frères, ma sœur et moi devrons nous débrouiller. Il ne sera plus là pour venir nous chercher à l’école, ni nous aider dans nos devoirs, ni nous raconter une histoire avant d’aller au lit. Nous n’entendrons plus sa voix puisque l’Etat a interdit tout appareil électronique pour communiquer avec les soldats : cela pourrait être intercepté par l’ennemi. Seules les lettres seront autorisées. Mais bon, s’il ne s’agit que d’une absence de quelques mois pour le bien de l’humanité, alors nous pourrons bien la supporter.

« Au revoir, les enfants ! Je vous enverrai une lettre dès mon arrivée ! »
Tels sont les derniers mots de mon père avant de partir de notre maison.
 « Papa ! Papa ! hurle ma sœur, âgée de trois ans, aussitôt la porte fermée.
- Ne t’inquiète pas, tente de la consoler maman, Papa reviendra d’ici quelques mois...
- Papa ! Papa ! pleurniche-t-elle. Je veux Papa... »
Ni les câlins de ma mère, ni les grimaces de mes frères ne parviennent à calmer les pleurs de ma pauvre sœur. Mais nous aussi, nous avons le cœur lourd. Qu’arrivera-t-il à notre père ?

En me levant ce matin, je ressens un manque terrible : un silence inhabituel, angoissant, pèse sur la maison. Elle paraît vide, alors que nous sommes pourtant cinq âmes à y vivre. J’ai l’impression d’avoir oublié quelque chose, d’avoir raté un rendez-vous. Que vais-je faire aujourd’hui ?
« Que fais-tu, Antoine ? Il est dix heures et tu n’es pas encore levé ! s’étonne ma mère en entrant dans ma chambre.
- Mais maman, protesté-je, je n’ai plus école...
- Ah, crois-tu vraiment que c’est un prétexte à la paresse ? me reproche-t-elle. J’ai des milliers de choses à faire, et tu ne m’aides même pas ? »
Je me sens si honteux que mes joues s’enflamment et que je détourne le regard des yeux de ma mère déçue. Comment ai-je pu être aussi égoïste ? Je suis l’aîné de la famille, je ne dois pas laisser seule ma mère s’occuper de nous.
Je me prépare en vitesse et descends dans la salle à manger où ma fratrie est déjà présente, n’attendant que moi pour le petit-déjeuner. Nous avalons en silence nos tartines froides étalées de confiture qui n’a plus le même goût qu’avant.

Ma mère m’a chargé de faire lire des histoires à mes frères et à ma sœur car même si les professeurs ne sont plus là pour enseigner, nous devons tout de même nous instruire. Voilà autre chose que je n’ai pas prévu : les devoirs continuent...
De plus, nous devons aider notre mère dans les innombrables tâches ménagères : passer l’aspirateur, laver les vêtements et les draps, nous occuper du potager pour assurer notre autonomie, préparer les repas...

La première lettre de notre père est arrivée une semaine après son départ. Un véritable soulagement a parcouru toute la maison. Il nous assure qu’il est arrivé sans encombre à la caserne en Syrie –il ne peut pas préciser la ville pour préserver le secret. Le campement est plutôt propre, avec tout le nécessaire pour vivre. Les combats débuteront dans quelques jours.
Au mot « combats », ma mère nous regarde d’un air horrifié : que signifie-t-il ? Notre père sera-t-il exposé aux tirs et aux missiles de l’ennemi ?
Une question que je ne me suis jamais posée me vient alors à l’esprit :
« Contre qui nous battons-nous, maman ?
- Contre le gouvernement, répond-elle distraitement.
- Mais pourquoi ? Qu’a-t-il fait ?
- Il est trop autoritaire pour le peuple.
- Mais le gouvernement n’a rien fait à la France !
- Antoine... soupire ma mère, lasse. C’est plus compliqué que cela. Va lire. »

Deux semaines après, nous recevons une deuxième lettre de notre père : il est sain et sauf. Cependant, la victoire, nous explique-t-il, semble plus difficile que prévu. L’ennemi est bien organisé et possède une volonté de fer. Deux camarades de Papa sont déjà morts et certains autres ont de graves blessures. En ce qui concerne les conditions de vie, je ne sais pas pourquoi mon père refuse de nous les décrire. Est-ce si terrible ?
Je commence à regretter notre vie d’avant, et aussi l’école, un lieu de tranquillité et de stabilité... Mais non, je dois avoir le cafard pour que de telles bêtises me viennent à l’esprit.

L’inquiétude de ma mère est visible malgré ses tentatives de dissimulation : quand je l’aperçois à travers la porte entrouverte du bureau, elle tape sur son ordinateur à toute vitesse en se rongeant les ongles. Quelques fois, je l’entends qui pousse un cri qu’elle n’a pu réprimer. Elle semble pâle et fatiguée. Alors, pour l’aider du mieux que je peux, je m’occupe des repas que je réussis maintenant plutôt bien –après mes premières tentatives qui ont ruiné pendant quelque temps l’appétit de la famille, instruis mes frères et ma sœur de tout ce que j’ai retenu de l’école, et propose mes services autant que possible à ma mère.

Je sors quelques fois du foyer pour rendre visite à nos voisins. Aujourd’hui, je vais chez les Dupuis, où sont restées la mère et ses deux filles.
« Antoine ! s’exclame la mère en m’ouvrant. Viens, viens vite... Ah, quelle nouvelle m’est tombée sur la tête ! »
Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise annonce. Je me précipite à l’intérieur.
Les deux filles assises toutes raides sur le canapé semblent étrangement calmes, elles qui bavardent et se moquent tant de moi d’habitude. Leurs yeux ne bougent même pas à mon entrée dans le salon, ils semblent fixer l’horizon.
« Ah, mon Dieu, qu’allons-nous faire maintenant ? lâche madame Dupuis.
- Qu’avez-vous toutes avec vos mines déconfites ? demandé-je, déconcerté.
- Mon... mon mari est mort. »
Je n’ai pas vu le coup arriver. Ma tête est si secouée que mon esprit se vide, qu’aucun son ne sort de ma bouche bée et que je ne vois plus rien.
Désormais pour moi, la guerre ne sera plus une bonne nouvelle.

Notre père, après la troisième lettre aussi inquiétante que la précédente, n’a toujours pas écrit depuis un mois. C’est encore pire que de lire ses craintes griffonnées à la hâte car nous ne savons pas s’il est encore en vie. Chaque jour est une nouvelle source d’angoisse. Je ne dors pas en ce moment et j’ai l’impression que ma famille ne va pas mieux que moi.
Quand cette guerre prendra-t-elle fin ? Quand Papa rentrera-t-il ? Et puis, quand retournerai-je à l’école ?

Je n’ai pas pensé au début à toutes les vies brisées, toutes les maisons détruites et toute la misère provoquées par la guerre, malgré mes cours d’histoire sur les deux guerres mondiales. Des organisations ont pour but d’éviter de nouveaux massacres mais rien ne change, les conflits continuent dans le monde.
A l’école aussi, j’ai appris qu’il ne faut pas se bagarrer et être respectueux envers les autres. C’est ce que nous disent les adultes, qui veulent toujours nous donner l’exemple. Pourtant, leurs guerres sont d’énormes bagarres qui, comme des raz-de-marée, finissent par engloutir tout le monde. Ils se tuent entre eux avant de discuter pour trouver un accord. Pourquoi ne discutent-ils pas tout de suite ?

J’ai une bonne nouvelle : une lettre de notre père est arrivée ! Ma mère se dépêche de déchirer l’enveloppe pour lire le message devant nous :

Chère femme, chers enfants,
Je ne sais pas depuis combien de temps je vous ai écrit –sans doute longtemps. Les chefs nous ont interdit de dévoiler jusqu’à maintenant la nouvelle qui vous réjouira sans doute : la France se retire de la Syrie ! Je rentrerai dans une semaine à la maison.
Bisous
Papa

« Hourrah ! »
Une explosion de joie détonne dans toute la maison. Notre mère nous embrasse et nous nous serrons tous dans les bras. Rien de mieux n’aurait pu arriver. Tant pis pour l’honneur et tant pis pour la victoire : je veux juste que nous soyons réunis en famille.


Demain, je reprendrai l’école. J’ai hâte de retrouver mes amis, ainsi que ma chaise et mon professeur pour apprendre de nouvelles choses. Ma soif de connaissances n’a pas été désaltérée depuis deux longs mois. Je veux grandir, quitter mon corps d’enfant impuissant, devenir adulte pour changer le monde et le rendre meilleur. L’école, quelle bonne nouvelle !

Junior : Souvenir d'un moment

- Devines qui j'ai vu Eli ?
- Je... Je ne sais pas, lui ai-je répondu. Sur son visage on peut lire de la satisfaction et de la sérénité ainsi qu'une joie excessive. Tout le contraire d'il y a deux mois. Elle s'était plongée dans une grande mélancolie, les ténèbres l’habitaient. Mais aujourd'hui elle rayonne.
- Alors? Reprit-elle.
Elle commença à s’expliquer devant ma mine d'incompréhension :
- Bon. J'ai vu. J'ai vu Louis XIV!!! 
Comme si c'était  un triomphe, elle se leva et pointa son index vers la lumière du soleil. Je ne comprenais rien à son délire. J'explosai de rire, sous son regard triste plein d'amertume et d’une colère incompréhensible.
- Tu ne me crois pas Eli!
- Attends, je sais que tu adores l'histoire mais de là, dis-je entre deux éclats de rire. Elle me prit les deux poignets, me leva et me dirigea vers une chaise près de la table, où était entreposé un parchemin qu’elle prit délicatement et le posa sur la commode de derrière. 
-  Bon, écoutes moi. Je vais te raconter comment je l'ai vu. Hum hum.
À partir de ce moment je restai muette, du début à la fin.
« C'était il y a une semaine, on était en cours de mathématiques quand je fus prise de sommeil. Le professeur essaya de me réveiller, en vain. Mais une fois réveillée, il m'avait mis deux heures de colle le samedi. Ce matin là, je me suis rendue à l'école. Je le cherchai mais je ne vis personne, même pas un chat. Je décidai de rentrer lorsqu’une voix se fit entendre derrière le bâtiment. Cette voix était celle de Madame  Lefoy, professeur d’histoire. Elle m'avait dit que notre professeur de mathématiques n'était pas là. Elle me conseilla de me rendre chez lui pour mes deux heures de retenues. Je trouvai ça absurde. Aller chez un professeur! Étrange, n'est ce pas? Une fois devant chez lui, j’hésitai longtemps avant de sonner. Puis la porte s'ouvrit toute seule, sans avoir eu la peine de sonner. Je reculai instinctivement de quelque pas. À ma grande surprise, un petit garçon m'accueillit. Qui aurait cru que monsieur Daemond avait un fils ? Le petit garçon me fit entrer. Les seuls mots qu’il prononça furent: «  papa est absent. Il revient bientôt, attends le dans cette pièce. » 
La pièce était peu éclairée avec des montagnes de livres ici et là. Coincées entre les livres, des feuilles. Et parmi ces affaires, quelque chose avait attiré mon attention. C'était une petite boîte de satin incrustée de fausses pierres. A moins qu’elles soient vraies ? Je l’ai pris entre mes mains. A sa surface on aurait dit qu'il fallait mettre une pièce dessus. Je me suis souvenu que le pendentif que je portai avait la même forme du dessus de la boîte. Je le plaçai pour voir, tout en sachant que rien ne pourrait se produire. Je me trompais. Une lumière forte jaillit de la boîte et m'enveloppa. Je me sentis attirée et absorbée par la boîte. Il me sembla que j'ai dû perdre connaissance. Je repris mes esprits dans un lit assez vieux, une sorte de lit que je n'avais jamais vu. La pièce sentait les fleurs fraîchement cueillies, mais il y avait une autre odeur que je ne parvins pas à discerner. Une odeur qui me donna envie de vomir.
Je me relevai difficilement. La chambre avait de jolies couleurs, un peu vieillot à mon goût. « Sûrement la chambre de Mr Daemond », pensais-je. J'atteignis la porte en bois d'ébène. Ma main d’elle-même se dirigea vers la poignée. Elle s'arrêta à quelques centimètres d’elle, quand la porte s'ouvrit.
-Enfin réveillée mademoiselle.
Un homme, ayant sûrement la quarantaine, venait d'apparaître dans l'encadrement de la porte. Grand, cheveux plaqués en arrière, costume de gentilhomme du style XVII ème siècle. Je me suis dit,  en reculant de quelque pas. " Quelle famille pourrait être fou de vêtements victorien?" Je lui demandai où je me trouvais. Pour toute réponse il se contenta de me regarder avec étonnement. J’ajoutai aussitôt: " Comment suis-je arrivée ici?" Il me répondit d'un air ahuri et comme si c'était normal. « Vous êtes venue, si j'en crois madame, pour un poste de dame d'honneur et vous êtes chez Madame Anne Marie Louise de Montpensier. » 
Devant ma mine déconfite, il s'empressa d'ajouter. " Voyons, vous êtes chez la Grande Mademoiselle" Cette fois, c'est moi qui le regardai, la bouche béante. Je me risquai à lui reposer une question" Et par tout hasard, à quelle époque sommes nous?" Il me regarda en pestant :
 "Qu’apprend-on aux jeunes demoiselles?" 
Il me fixa et me dit d'un ton détaché :
 "On est au dix septième siècle, sous le règne de Louis XIV. Autre chose?" 
Je faillis défaillir. Je lui répondis discrètement avec un faux sourire « non ».Cela cachait une crainte et une joie incompréhensible de la situation. L'homme me donna son nom, Louis François. Il m'emmena voir la maîtresse des lieux. Il me fit traverser une multitude de couloirs et de boudoirs. Ainsi que d'innombrables pièces toutes joliment décorées. Arrivés devant la dite pièce, je sus que derrière la porte se tenait la propriétaire. Je retins ma salive en pensant : " Que va-t-il m'arriver? Est-ce un rêve?"
Il frappa, ce qui me fit sortir de ma torpeur. Il attendit le "entrez" d'une dame d'honneur qui ouvrit aussitôt la porte. Il avança vers la maîtresse des lieux, se courba et m'annonça.
- Madame, voici la jeune fille. Euh...
- Anne, m'empressai-je de dire.
- Anne, votre nouvelle dame d'honneur, Madame.
Je fus éblouie par la grâce qu’émanait la Grande Mademoiselle. Rien que de la voir fût incroyable.
- Fort bien, commença-t-elle. Elle me regarda de la tête aux pieds avant d'ajouter: " Quelle âge as tu mon enfant?"
Je m'inclinai avant de répondre : " J'ai quinze ans, Madame". Ne sachant que dire, je baissai légèrement la tête en me disant intérieurement " Waouh! Je suis en train de suivre l'étiquette et le respect d'antan". Je faillis ne pas contenir cette joie.
- Vous apprendrez la vie de dame d'honneur à ma cour auprès des autres, reprit-elle.
- Bienvenue, au château d'Eu en Normandie, fit le monsieur qui s'était placé entre sa maîtresse et moi. La Grande Mademoiselle fit un signe de la main à Louis François puis on sortit. Il m’emmena dans une autre pièce où il y avait beaucoup de dames d'honneur.
Il m'apprit comment la maîtresse vivait et ce que je devais faire.
Après une semaine au côté de la Grande Mademoiselle, elle m'annonça une nouvelle de haute importance. Ma chère Eli, je ne peux de raconter toute la semaine que j'ai vécu. Donc ce qu'elle m'annonça, était qu'elle allait passer quelques jours à Versailles et que je devais l'accompagner. Je fus extrêmement excitée.
Durant deux jours elle prépara le départ. Et le jour venu, on monta dans une carriole avec deux autres dames d'honneur et elle même. On était début août 1661. Je sus cette date par l'une des dames. Le voyage dura moins d'une semaine. À notre arrivée à la cour, plusieurs personnes s'émoustillaient. La reine mère accueillit la Grande Mademoiselle en notre présence. Une fois son accueil fini, elle s'installa dans ses appartements. Elle nous donna des consignes très claires pour son séjour à la cour.
-Maintenant je vais me reposer. Tenez Anne et Claire, allez me chercher de l'eau. On sortit toute les deux, et on se dirigea vers les cuisines. Claire m'avait dit pendant le trajet qu'elle était déjà venue à la cour. J'en conclus donc qu'elle connaissait bien les couloirs de ce château. Ne te l'ai-je pas dit? Les bâtiments sont magnifiques, le château de Versailles est différent de celui d'aujourd'hui. Ma visite là-bas m’avait servi, sans quoi on se serait perdue au retour et je n’aurais plus eu de repère.
En avançant vers les cuisines, on croisa une jeune femme accompagnée de plusieurs dames. Claire s'inclina, j’en fis de même. Cette dame, dont j'ignorai le nom, nous demanda :
- Je ne vous ai jamais vu à la cour, qui êtes-vous?
Normalement notre tenue aurait dû lui donné la réponse.
Claire lui répondit:
- Nous sommes au service de la Grande Mademoiselle, Madame.
- Bien. Je suis Françoise Louise de la Baume le Blanc.
Oh mon dieu, Éli j’ai rencontré Louise de Valière, la maîtresse du roi. La première.
A peine le temps à mes réflexions pour me souvenir de cette femme, qu'elle était déjà partie. Claire à quelques pas de moi, me dit. - Qu'es ce que tu fais? Allez viens.
L'eau prise, on retourna auprès de notre maîtresse.
Dans les couloirs que l'on avait empruntés, peu de personne s'y trouvait. Ce qui donnait un air calme au Château. Or, à ma connaissance se doit être normalement bruyant et enjoué.
Enfin, on lui donna l'eau qui parut lui esquisser un sourire. Elle nous remercia et nous dit qu'après son repos elle irait voir la façon dont Versailles a changé et irait rendre visite à son cousin le roi.
Pendant l'heure de son repos, j'admirai l'extérieur ainsi que la pièce où l'on était, du sol au plafond. Je me rappelai à ce moment qu'au vingt et unième siècle on ne peut jamais dépasser les limites à certains endroits, toucher ici et là ou bien encore dormir dans un des lits. Je vis à présent le château différemment. Autre chose s'y dégageait par rapport à celui que je côtoyais lors de mes visites. Celui que je visitai était chargé d'histoire. Ici, c’était la fraicheur du moment. Au réveil d’Anne Marie Louise, cette dernière demanda à ce qu'on la rhabille et qu'on la recoiffe.
Cela fait, elle se rua vers l'extérieur de la pièce. Elle savait où elle allait, c'en était sûr. Elle croisa de nombreuse fois des hommes et des femmes.
Contrairement à tout à l'heure, les couloirs étaient animés. Elle croisa des personnes importantes comme Fouquet. Pas de Mazarin en vue, normalement il est mort au début de cette année.
Dans un des corridors, on croisât de nouveau Louise de Valière. Elle s'inclina à la vue de la Grande Mademoiselle. Cette dernière n'y réagit pas. Elle avait appris il y a peu qu'elle était la maîtresse du roi. On continua notre chemin en direction d'un endroit que j'ignorai.
Une fois arrivé, Marie, une des dames d'honneur, frappa à la porte. La Grande mademoiselle entra seule dans la pièce, après que Marie l'est ouverte. Du moins, à ce moment-là, je pensais qu'elle allait rentrée seule. Mais non, on dût la suivre à l'intérieur. La pièce avait d'innombrables détails. Elle était vaste et illuminée par un lustre magnifique d'or et de cristal. Au milieu de celle-ci, un homme était assis sur un trône. Mais pas n'importe qui, le Louis XIV en chair et en os devant moi. Je le reconnus presque immédiatement. La ressemblance avec les tableaux était là. De plus les dames d'honneur se sont inclinées, du moins se baisser vraiment très bas, en prononçant "Majesté". J’en fis de même, sauf la "Majesté". La Grande Mademoiselle qui jusque-là n'avait pas cillé s'approcha du roi et se mit à genou.
Étant donné la distance entre nous et le trône, je ne peux te dire les mots exacts de leurs échanges, bien que la pièce résonnait et renvoyait les échos.
L'entretien fini, la Grande mademoiselle nous présenta, seulement pour dire qu’on était ses dames d'honneur.
Quel stress ! Le roi nous regarda chacune à notre tour. Son regard était insistant sur Marie.
L'aura qui émanait de lui était incroyable.
Dommage Éli que tu n’aies pas vu ça!
Je me demandai ce qui allait m'arrivé, mais aussi comment j'allai rentrer chez moi. À ce moment là, mes yeux ne purent se détacher de ce personnage. La présentation et le regard du roi durèrent à peine trente secondes.
Il ne faut pas rêver, comme si le roi se serait attardé sur des servantes ou même sur des simples jeunes filles.
La Grande mademoiselle s'apprêta à sortir quant la reine Marie-Thérèse apparut aux côtés du roi. Notre maîtresse eut un regard fier, empli d'une jalousie sans nom. Son regard porté sur la reine dura qu'une demi-seconde. On sortit après la petite entrevue avec la reine.
La Grande mademoiselle pressa son pas vers les jardins. "Je veux prendre l'air", nous dit-elle.
Éli, les jardins étaient magnifiques et resplendissants.
Sous le soleil du mois d'août on apercevait ici et là des fleurs. Pas autant qu'on pourrait trouver de nos jours à Versailles. Pour rajouter à mes collections de ma visite dans le passé sous Louis XIV, il manquerait plus que le Trianon!
On y resta bien deux heures dans les jardins. Elle voulut se balader, mais au bout d'une heure elle préféra se reposer brièvement dans le parc. Pendant sa pause, je repensai à ma propre situation. Pourquoi suis-je venue à cette époque? Comment y retourner? Mais le problème majeur était de ne pas modifier le passé. Ce serait désastreux si ça arrivait. Je fis appelle à ma mémoire sur l'année 1661, d'après la date que m'avait donné Françoise, la dernière dame d'honneur qui accompagnait la Grande mademoiselle. Je ne me souvenais pas qu'il y ait eu d'événements importants à Versailles durant la période où je suis arrivée. Heureusement, imagines que j'arrive lors de l'affaire des poisons et qu’avec un mot de travers je leur dévoile la coupable ou alors Éli, étant donné que je suis arrivée chez la Grande mademoiselle, admettons que j'arrive sur l'affaire Lauzun. Voilà les interrogations qui me taraudaient lors de la pause dans les jardins.
Quand on repartit vers le château, la Grande mademoiselle nous raconta des anecdotes sur sa jeunesse. Des rires fusaient des dames d'honneur. Moi je dégustai les informations qu'elle donnait.  Arrivées au château, nous nous dirigeâmes vers ses appartements. On resta trois jours de plus au château de Versailles.
Oh Éli, je ne pourrais pas te raconter ce qui s'est passé pendant ces trois autres journées. Le jour de notre départ, la Grande mademoiselle m'envoya faire une course pour acheter un produit avec un nom compliqué que je ne saurais redire. Donc je suivais la route qu'elle m'avait indiquée, quand soudain une femme arrivât en trompe vers moi. Elle prit mes mains et commença à me parler:
- Je suis diseuse de bonne aventure. Laissez-moi regarder.
Je la laissai faire et elle reprit :
- Vous, vous venez d'ailleurs de très loin du roi et de Versailles. Vous allez avoir une double punition. Elle s'arrêta là.
Assez étonnée, je restai bouche bée. Je la vis glisser sa main dans sa poche et la tendre vers moi.
- Tenez, vous en aurez besoin prochainement. Pour rentrer sûrement. Avez-vous cinq Louis?
- Oui tenez, merci. Votre affaire marche-t-elle bien avec cinq Louis?
- Comme ci comme ça. Me dit-elle.
- Pourquoi pas vous lancez dans la fabrication de euh, médicaments?
- J'aimerais bien.
Mon intuition était bonne, il me semble avoir déjà vu cette femme avec des médicaments. D'ailleurs à notre arrivée à Versailles, je l'ai vu soigner des gens. Coïncidence Éli?
- Bah, j'essayerai. Je vais vous laisser maintenant. Ouvrez ce que je vous ai donné quand vous serez prête.
Elle fit volte face pour repartir, quand je l’interpellai.
- Attendez! Puis-je avoir votre nom?
Elle se retourna à peine et par-dessus l'épaule répondit:
- Catherine Deshayes.
Elle reprit son chemin. Je me dépêchai d'acheter ce que m'avait demandé ma maîtresse et retourna auprès de la Grande mademoiselle.
- Vous êtes en retard, vous en avez pris tu temps.
- Excusez-moi.
On allait monter dans la calèche lorsque je me suis ravisée. Je partis derrière la calèche et ouvris dans ma poche ce que m'avait donné Catherine. En l'ouvrant, une douce lumière m'envahit. Mes paupières se fermaient d'elles-mêmes.  En les rouvrant ce fut comme un long rêve. Je me réveillai dans la pièce dans laquelle on m'avait laissé. Je regardai autour de moi. Je sentais quelle que chose au creux de ma main et vis l’objet qui m’a permis de revenir au vingt et unième siècle. Cependant j'avais récupéré ma tenue de mon époque. Comment? Mystère. Lorsque la porte s'ouvrit je refermai aussitôt ma main en sentant une petite douleur dans ma paume. Mon professeur venait d'entrer.
- Bien miss Anne, suivez-moi, deux heures de colle vous attendent.
Monsieur Daemond avait remarqué que j'avais ouvert la boîte. Alors pour me racheter, j’ai dû nettoyer sa voiture. Il faut noter que la diseuse d'aventure avait raison, j'eus effectivement une double punition. Éli, c'est comme ça que s'achève mon voyage en 1661.»
Anne vient de finir son récit plus qu’époustouflant. Je la vois se lever et prendre le parchemin que j'avais aperçu tantôt. Elle me le tend et m'incite à l'ouvrir. Je m’exécute et suis étonnée de ce qu'il contient.
- C'est une preuve de ce que j'ai vécu là-bas. Oh... Elle sort de sa poche ce dont elle m'avait évoqué il y a peu, l'objet que lui avait donné Catherine. Elle me le montre, et je le regarde. Puis je détache  mes yeux des "preuves" apportées.
Elle me fixe intensément puis ajoute :
- Je sais que ce n’est pas facile à croire, mais ça c’est réellement passé.
Il est vrai que j’ai dû mal à accepter ce qu’elle me raconte. Le parchemin était en fait une sorte de lettre de recommandation. Elle était signée de la main de Louis XIV et lui était adressée. Après cette déclaration de voyage, soit disant dans le passé, me fait poser beaucoup de questions.
- Anne, sais-tu comment tu as été emmenée dans le passé ? Comment se fait-il que ton pendentif  ait réagi avec un objet qui n’est pas le tien ?
Anne ne doit sans doute pas avoir  de réponse à mes questions. Mais elle me répond :
- J’ignore comment je suis arrivée dans le passé mais ce que je sais, c’est que ça a un lien avec mes heures de colles avec Mr Daemond. C’est pour cela qu’après avoir fini mes punitions je suis allée lui parler.
Une fois encore, elle me raconte son histoire.
« Bon, comme je te le disais, je suis allée le retrouver. Il m’avait dit de retourner le voir une fois ma tâche acquittée. Je l’ai trouvé dans son bureau, qui au passage ressemble plus à un dépotoir. Ne te l’ai-je pas dit, ses bouquins dans la pièce où j’ai trouvé la jolie boîte, sont essentiellement des livres philosophiques. Ils sont portés sur Louis XIV et sur la science de voyage dans le temps. Coïncidence ?
Donc, je suis arrivée à son bureau et lui ai demandé :
- Monsieur, vous allez sûrement me prendre pour une folle, mais grâce à votre boîte j’ai voyagé dans le temps.
Il ne répondit pas dans l’immédiat. Il prit un cigare, l’alluma et commença à parler :
- Cette boîte s’appelle la « boîte des souvenirs ». Elle renferme les souvenirs de l’époque où tu t’es retrouvée. Cette boîte se transmet de génération en génération dans ma famille depuis justement cette époque. Un jour, l’un de mes ancêtres physicien voulut utiliser ces souvenirs pour pouvoir voyager à cette époque. L’envie de trouver comment y parvenir se perpétua comme une tradition familiale. Il y a un demi-siècle, on trouva la solution : un mécanisme qui doit se déclencher naturellement et par hasard comme à la loterie. Ce n’est pas un hasard que tu as réussi ce jour-là. C’est parce que je l’ai voulu.
Eli, à ce moment-là je ne comprenais plus vraiment, je le questionnai :
- Monsieur, qu’elle est le processus pour activer le mécanisme ?
Je le vis sourire et il reprit :
- Pour tout te dire, il ne faut pas  l’ouvrir pour éviter que le contenu, donc  le souvenir, s’échappe. Pour que ça se déclenche,  il faut le mettre en contact avec une boucle temporelle, soit un souvenir assez fort. Le souvenir doit être ancré dans l’objet, il faut qu’il contienne des sentiments. Le rapport avec toi, c’est qu’à plusieurs reprises je t’ai vu avec ce pendentif. Je me suis souvenu une fois dans la salle des professeurs que ton professeur de français m’avait fait lire ta  rédaction racontant ton souvenir. Tu pourras trouver ça minable, mais j’ai utilisé ta distraction en cours de  mathématiques pour que tu viennes chez moi. J’étais sûr que cette boîte t’attirerait, étant donné que tu es curieuse. Oh, et pas un mot de tout ça, ok ?
Avec un clin d’œil, pas vraiment discret,  il me lança un merci pour la voiture !
Voilà Eli, le fin mot de cette histoire. »
 Je la regarde sévèrement et lui demande :
- Tu m’as dit que tu ne pouvais pas répondre à mes questions car tu n’en avais pas les réponses ?
Un oups, sorti de sa bouche. Elle joue avec ses cheveux et ajoute.
- J’étais tellement heureuse et préoccupée que j’ai oublié que je le savais.
On rit de cette phrase, et continue notre soirée en se disant ce qu’on aurait fait s’il y avait eu d’autre personnage au moment de son excursion.